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lundi 13 avril 2020

Comment un seul homme sauva une armée- 507 AVANT J.-C.

Comment un seul homme sauva une armée- 507 AVANT J.-C. 
Charlotte Mary YONGE,

Il y a eu des moments où le dévouement d’un seul homme a sauvé toute une armée. D’après les anciennes histoires romaines, l’action d’Horatius Coclès était du nombre. C’était en l’année 507 avant J.-C., peu après que les rois furent chassés de Rome, lorsqu’ils cherchaient à y rentrer à l’aide des Étrusques. Lars Porsenna, un des grands chefs étrusques, avait embrassé la cause du banni Tarquin le Superbe et de son fils Sextus, et il rassembla toutes ses forces pour s’avancer contre Rome. Les grandes murailles de la vieille architecture étrurienne s’élevaient déjà probablement autour de la cité et de tous les environs. La population vint s’y abriter en foule mais le Tibre était la meilleure défense ; on ne pouvait le traverser que sur un pont de bois, dont l’extrémité était défendue par un fort appelé le Janicule. Cependant l’avant-garde de l’armée étrusque prit bientôt le fort. Alors, comme le dit éloquemment la ballade de lord Macaulay :

« Dans tout le sénat il n’y avait cœur si hardi qui ne battit bien fort et ne souffrit amèrement, quand on vint annoncer cette mauvaise nouvelle ; le consul se leva alors, tous les pères se levèrent, ils se ceignirent en toute hâte et se dirigèrent vers la muraille.

« Debout, ils tinrent conseil devant la porte de la rivière ; le temps était court, comme vous pouvez penser, pour réfléchir ou discuter. Le consul parla nettement : “Il faut que le pont soit abattu, puisque le Janicule est perdu ; il n’y a que ce moyen de sauver la ville.”

« Mais bientôt un éclaireur accourut en criant, éperdu de terreur et de hâte : “Aux armes ! aux armes ! seigneur consul ! Lars Porsenna est ici !” Le consul fixa les yeux sur les collines de l’occident, et vit un nuage de poussière noire qui s’élevait rapidement vers le ciel.

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« Mais le front du consul était triste, le consul parlait bas ; il regardait le mur d’un air sombre, et d’un air sombre il regardait l’ennemi : “L’avant-garde sera sur nous avant que le pont soit abattu ; et s’ils emportent une fois le pont, quel espoir reste-t-il de sauver la ville ?”

« Alors parla le brave Horatius, le capitaine de la porte : “Tôt ou tard la mort arrive à tout homme sur la terre, et comment mourir mieux qu’en affrontant un danger terrible pour les cendres de ses pères et l’autel de ses dieux ?

« “Pour la tendre mère qui nous a endormi dans ses bras, et pour la femme qui nourrit nos enfants à son sein ? Et pour les vierges saintes qui alimentent le feu sacré ? il faut les protéger contre le perfide Sextus, celui qui a commis une action infâme.

« “Abattez le pont, seigneur consul, le plus vite que vous pourrez ; moi et deux autres qui m’aideront nous tiendrons l’ennemi en respect : dans ce passage étroit, il est aisé à trois hommes d’en arrêter mille ; maintenant, qui veut se tenir à mes côtés et garder le pont avec moi ?” »

« Alors parla Spurius Lartius ; c’était un fier Ramnien : “Voici, je me tiendrai à ta main droite, dit-il, et je défendrai le pont avec toi. » Puis s’écria le brave Herminius, du sang des Titus : “Je me tiendrai à ta gauche et je garderai le pont avec toi.” »

Ces trois braves sortirent donc : Horatius, le neveu du consul, Spurius Lartius et Titus Herminius, pour garder le bout du pont, tandis que tout le reste des guerriers rompait les poutres derrière eux.

« Et les pères, mêlés avec le vulgaire, saisirent la hache, les pieux et les pioches, pour frapper sur les planches en dessus et les détacher en dessous.

« Cependant l’armée toscane, glorieuse à contempler, arrivait étincelante, reflétant l’éclat de midi, rang après rang, comme les vagues scintillantes d’une vaste mer dorée. Quatre cents trompettes sonnaient un appel guerrier et joyeux, comme cette grande armée d’un pas régulier s’avançait les lances en arrêt et les enseignes déployées, se déroulant lentement vers la tête du pont, où attendaient les trois braves guerriers.

« Tous trois restaient calmes et silencieux en regardant l’ennemi : un grand éclat de rire partit des rangs de l’avant-garde. »

Ils riaient de voir trois hommes chargés d’affronter toute une armée ; mais l’espace était si étroit, que trois ennemis seulement pouvaient les attaquer à la fois, et il était difficile de trouver leurs pareils. Ennemi après ennemi vint les assaillir, tous tombaient devant leurs lances et leurs épées, jusqu’à ce qu’enfin :

« Il n’y eut plus personne qui voulût continuer un si dangereux assaut. Ceux de derrière criaient : “En avant !” mais ceux qui étaient en avant criaient : “En arrière !” »

Cependant les supports du pont étaient rompus.

« Dans l’intervalle, la hache et le levier avaient vigoureusement travaillé, et maintenant le pont restait suspendu sur les flots bouillonnants. “Reviens ! reviens, Horatius !” criaient ensemble tous les pères. “Reviens, Lartius ! reviens, Herminius ! revenez avant que le pont s’écroule !”

« Spurius Lartius s’élança en arrière ; Herminius s’élança comme lui, et, comme ils passaient, sous leurs pieds ils entendirent craquer les poutres ; mais quand ils se retournèrent, lorsqu’ils furent sur l’autre rive et qu’ils virent le brave Horatius resté seul, ils eussent voulu repasser le pont.

« Mais, au même instant, avec le bruit du tonnerre, toutes les poutres détachées s’écroulèrent, et, comme une digue, les vastes ruines encombrèrent le cours du fleuve. Un long cri de triomphe s’éleva des murs de Rome, lorsque les tours les plus élevées furent arrosées d’une écume jaunâtre ! »

Le seul champion de Rome, derrière son rempart de morts, resta à son poste jusqu’à ce que la ruine fût complète.

« Le brave Horatius restait seul, son âme était inébranlable, trois fois trente mille ennemis en face du lui, et le large fleuve derrière. »

Un dard lui avait crevé un œil, il était blessé à la cuisse ; son œuvre était finie, il se retourna.

« Il vit sur le Palatin le portique blanc de sa maison, et il parla au noble fleuve qui coule sous les murs de Rome : “Ô Tibre, Tibre, mon père, toi que prient les Romains, je te confie aujourd’hui la vie et les armes d’un Romain. »

Après cette courte prière, il se jeta dans le fleuve écumant. On raconta à Polybe qu’il avait été noyé, mais la ballade adopte la version de Tite-Live :

« Le courant était rapide, il était gonflé par la pluie de plusieurs mois ; le sang d’Horatius s’écoulait à grands flots, et il souffrait cruellement. Son armure était pesante, il était las d’échanger des coups ; bien des fois ils le crurent perdu, mais il reparaissait toujours.

« Jamais, je crois, un nageur, dans une situation si funeste, ne lutta avec des flots si furieux jusqu’à la rive secourable ; mais le brave cœur portait courageusement les membres, et notre bon père le Tibre soutenait fermement son menton.

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« Et maintenant il sent le fond ; il se retrouve sur la terre ferme, les pères se pressent autour de lui pour toucher ses mains sanglantes. Et maintenant, avec des cris de joie, des battements de mains et des larmes abondantes, il entre par la porte de la rivière, porté par la foule joyeuse.

« Ils lui donnèrent des terres à blé appartenant au domaine public, autant que deux bœufs robustes pourraient labourer du matin au soir. Et ils firent une statue de fonte et la mirent haut élevée : elle est là encore aujourd’hui, pour rendre témoignage si j’ai menti.

« Elle est là sur le Forum, et tout le monde peut la voir : Horatius avec ses armes, appuyé sur son genou ; et en bas il est écrit, en lettres d’or, comment il a vaillamment défendu le pont dans les braves jours d’autrefois. »

Jamais il n’y eut de surnom plus glorieux que le sien, Coclès ou le Borgne ; et bien que son infirmité l’empêchât de devenir consul, ou de conduire les armées, il était tellement aimé et honoré par ses concitoyens, qu’au moment d’une famine, chaque Romain, et ils étaient 300 000, lui apporta la nourriture d’une journée, de peur qu’il ne souffrit du besoin. La statue existait encore du temps de Pline, 600 ans après, et ne fut probablement détruite que lors du sac de Rome par les Barbares.

Le pont de Rome ne fut pas le seul défendu par un homme contre une armée entière. En Angleterre, le pont de Stamford fut gardé de la même manière par un brave Norvégien, après la bataille livrée en 1066 par le comte Tostig, fils de Godwin, qui avait persuadé au vaillant Harald-Hardrade, le roi de la mer, d’envahir le pays. Harold, le roi élu par la nation anglaise, s’était avancé en toute hâte du comté de Sussex jusque dans le comté d’York, et il avait rencontré les ennemis marchant à leur aise, ne s’attendant à aucune résistance. Ils avaient déposé leurs armures défensives et se préparaient à recevoir les clefs de la ville d’York. Les Norvégiens se battirent avec le sentiment que la bataille était perdue. La bannière « landwaster » (destructeur des terres) fut plantée au milieu d’eux, et, comme un vaillant ménestrel qu’il était, le roi, chantant pour la dernière fois, se plaça dessous avec ses meilleurs guerriers en un cercle de mort. Il mourut là et tous ses meilleurs soldats avec lui ; mais un grand nombre prirent la fuite par le petit pont, qui permettait seul de traverser la rivière Ouse. Là se tint leur défenseur, seul sur le pont, repoussant toute l’armée anglaise dont les guerriers ne pouvaient l’attaquer que l’un après l’autre ; enfin, soit dit à sa honte, un perfide ennemi se glissa le long de la rivière, passa sous le pont, et fourrant sa lance entre les planches, il blessa mortellement le brave Norvégien, qu’il réussit à précipiter dans la rivière ; mais un grand nombre de ses compatriotes avaient dû la vie à sa bravoure, qui leur avait donné le temps de regagner les vaisseaux.

De même, Robert Bruce, dans le temps de ses malheurs, en 1306, sauva toute sa troupe par la seule force de son bras. Il avait été battu à Methven par les gens d’Édouard Ier, et il avait perdu un grand nombre de ses amis. Sa petite armée errait dans les montagnes, campant parfois dans les bois, ou traversant les lacs dans de petites barques. Ils avaient avec eux beaucoup de femmes. En été, leur vie avait un certain charme romanesque ; les chevaleresques chasseurs apportaient les saumons, les chevreuils et les daims, qui formaient leur nourriture ; les dames cueillaient la bruyère en fleur, qu’on recouvrait ensuite de peaux pour servir de lits. Sir James Douglas était le chevalier le plus courtois et le plus aimable de toute la troupe, et les égayait tous par son caractère joyeux et son esprit fécond. Le roi lui-même emportait partout avec lui quelques précieux romans, qu’il lisait tout haut à ses amis pendant qu’ils se reposaient dans leur retraite montagneuse.

Mais leur ennemi juré, le lord de Lorn, était toujours à leur poursuite, et, vers la tête du Tay, il atteignit cette petite armée de 300 hommes avec 1 000 soldats des hautes terres, armés de haches du Lochaber ; c’était dans un endroit qu’on appelle encore Dalry ou le Champ du roi. Un grand nombre de chevaux reçurent des coups de hache ; James Douglas et Gilbert de la Haye furent tous deux blessés. Tout le monde eût été tué ou fait prisonnier, si Robert Bruce n’avait fait retirer tout ce qui lui restait de troupes par un sentier étroit et raide, se plaçant lui-même en travers du chemin sur son pesant cheval, avec sa lourde armure, pour protéger la retraite à lui tout seul. Il est vrai qu’un homme si grand et si fort, à cheval et revêtu d’une armure, avait un grand avantage contre les sauvages soldats des hautes terres, couverts d’une chemise et d’un plaid et portant seulement un bouclier rond au bras gauche ; mais c’étaient des hommes agiles, robustes, au pied sûr, en état de grimper comme des chèvres sur les rochers qui l’entouraient et faisant aussi peu de cas que lui de leur vie.

Lorn, qui regardait le combat d’une certaine distance, fut confondu d’admiration et s’écria : « Marthokson, il ressemble à Gol Mak Morn protégeant ses soldats contre Fingal », comparant ainsi le roi à l’un des guerriers les plus brillants que pût concevoir l’imagination écossaise. Enfin trois hommes, les MacAndrosser, s’élancèrent en avant, résolus à délivrer leur chef de ce redoutable ennemi. D’un côté s’étendait un lac, et de l’autre un précipice, en sorte que le roi avait à peine la place de manier son cheval, lorsqu’ils sautèrent sur lui tous les trois à la fois. L’un saisit sa bride, un autre s’empara de sa jambe et de son étrier, et le troisième, s’élançant d’une petite éminence, sauta à cheval derrière lui. Le premier eut le bras abattu d’un coup de l’épée du roi, le second fut renversé et foulé aux pieds, enfin le dernier, après une lutte désespérée, fut lancé contre terre, le crâne fendu par l’épée du roi ; mais sa main mourante s’était tellement crispée sur le plaid de Bruce qu’il fut obligé de détacher la broche qui le retenait et de laisser l’un et l’autre dans l’étreinte du mourant. Les MacDougals de Lorn conservèrent longtemps ce trophée, en souvenir du péril de leur ennemi.

Nous ne pouvons quitter Robert Bruce sans citer cette autre action héroïque, plus noble encore, parce qu’elle était plus miséricordieuse, lorsqu’en Irlande il arrêta sa petite armée, en pleine retraite, en face de l’armée ennemie sous les ordres de sir Roger Mortimer, afin qu’on pût donner les soins convenables à une pauvre blanchisseuse malade et à son petit enfant qui venait de naître. Son vieux chroniqueur écossais pouvait bien dire dans ses vers :
C’était une grande courtoisie de la part d’un roi si puissant, que d’arrêter ses hommes en cette façon pour une pauvre lavandière. »
Nous avons vu comment le vaillant Romain avait combattu pour sa cité, comment le farouche Norvégien était mort pour protéger le retour de ses camarades à leur vaisseau après la perte de la bataille ; enfin, comment le chevaleresque Bruce, sous son armure, avait bravé le péril pour assurer la retraite de ses amis. Citons un exemple emprunté à un temps bien plus rapproché de nous d’un soldat qui sauva une armée entière par le sacrifice volontaire de sa vie. C’était dans le cours de la cruelle lutte, appelée la guerre de Sept Ans, entre Frédéric le Grand, roi de Prusse, et Marie-Thérèse d’Autriche. Le roi de France, Louis XV, avait pris parti pour l’Autriche et envoya une armée en Allemagne dans l’automne de 1760. On en avait détaché le marquis de Castries, avec 25 000 hommes, dans la direction de Rheinberg, et il avait pris une forte position à Clostercamp. Dans la nuit du 15 octobre, un jeune officier du régiment d’Auvergne, appelé le chevalier d’Assas, fut envoyé en reconnaissance et s’avança seul dans un bois, à quelque distance de ses hommes. Tout d’un coup, il se trouva entouré d’un certain nombre de soldats dont les baïonnettes touchaient sa poitrine, et une voix murmura à son oreille : « Si tu bouges, tu es mort ! » À l’instant, il comprit tout. L’ennemi s’avançait pour surprendre l’armée française, et tomberait sur elle dès que la nuit serait plus avancée. Ce moment décida son sort. Il s’écria aussi haut que sa voix le lui permettait : « À moi, Auvergne ! ce sont les ennemis » Avant que le cri fût parvenu aux oreilles de ses soldats, leur capitaine n’était plus qu’un corps inanimé, mais sa mort avait sauvé l’armée. La surprise avait échoué et l’ennemi se retira.

Louis XV était trop égoïste et n’avait pas le cœur assez noble pour comprendre la beauté de cette courageuse action, mais lorsque Louis XVI monta sur le trône, quatorze ans plus tard, il ordonna qu’une pension fût assurée à la famille, tant qu’il resterait un représentant mâle du nom d’Assas. Le pauvre Louis XVI ne conserva pas longtemps le contrôle des finances de la France, mais une suite de changements, de guerres et de révolutions, n’a pas effacé le souvenir du dévouement du chevalier.

par Charlotte Mary YONGE,Le livre d’or des bonnes actions, s. d.

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