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Impérialisme et fascisme

La RĂ©daction

Le fascisme, au mĂȘme titre que l’impĂ©rialisme, est un phĂ©nomĂšne international.

Les particularitĂ©s du mouvement fasciste et de la dictature fasciste dans un pays (quelconque) sont avant tout dĂ©terminĂ©es par le caractĂšre et les particularitĂ©s de l’impĂ©rialisme qui les ont engendrĂ©s. Georges Dimitrov disait de la variante allemande du fascisme qu’elle Ă©tait le type de fascisme le plus rĂ©actionnaire parce qu’elle Ă©tait le produit de l’impĂ©rialisme le plus rĂ©actionnaire, le plus belliqueux et le plus brutal de l’Ă©poque, qui l’avait mise au pouvoir pour la rĂ©alisation de ses propres desseins.

Le soutien apporté au NSDAP (parti nazi) par la bourgeoisie monopoliste et les Junkers

Au cours de la rĂ©volution de novembre 1918, les travailleurs armĂ©s et les soldats avaient obtenu par leur lutte des droits dĂ©mocratiques importants qui parurent dĂšs le dĂ©but insupportables aux yeux de la grande bourgeoisie et des Junkers restĂ©s au pouvoir. À plusieurs reprises entre 1918 et 1923, les cercles les plus rĂ©actionnaires de la classe dirigeante tentĂšrent, par la voie des armes et l’Ă©tablissement d’une « dictature nationale » (putsch de Kapp), d’enlever dĂ©finitivement ces droits aux masses. Ils s’appuyĂšrent sur une partie de l’armĂ©e (Reichswehr) ainsi que sur les nombreuses organisations rĂ©actionnaires (les Weissgardisten): corps francs, milices de l’Einwohnerwehr et divers autres groupes armĂ©s.

AprĂšs l’effondrement de la RĂ©publique des conseils ouvriers de Munich en mai 1919, la BaviĂšre devint le foyer le plus important de ce type d’organisations. L’une d’entre elles, le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands) – qui s’appelait lors de sa fondation par Anton Drexler « Parti allemand des travailleurs » – acquit en BaviĂšre une influence locale certaine. Comme la plupart des associations et groupements d’extrĂȘme droite, il regroupait d’anciens militaires, des lansquenets qui n’avaient pas rĂ©ussi Ă  se rĂ©insĂ©rer dans la sociĂ©tĂ© civile bourgeoise et des Ă©lĂ©ments dĂ©classĂ©s de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie. Comme presque toutes ces organisations, le NSDAP se trouvait sous la protection spĂ©ciale de l’armĂ©e. Hitler fut mĂȘme envoyĂ© par l’armĂ©e comme informateur au sein du DAP de Drexler alors qu’il Ă©tait encore militaire. Il adhĂ©ra au parti et se hissa Ă  sa tĂȘte avec le soutien marquĂ© de l’Ă©tat-major bavarois le gĂ©nĂ©ral Ritter von Epp, le capitaine Ernst Röhm et le capitaine Mayr.

L’armĂ©e fournit au NSDAP et Ă  ses troupes de choc, les SA (Sturmabteilungen), les armes et l’argent dont ils avaient besoin. Des militaires furent dĂ©tachĂ©s pour assurer le service d’ordre lors de leurs rassemblements et la publication de leur journal, le « Völkischer Beobachter », fut rendue possible grĂące Ă  des moyens qui provenaient de l’armĂ©e. L’influence des militaristes fut encore renforcĂ©e par l’adhĂ©sion de Ludendorff au parti, ce dictateur militaire qui avait dirigĂ© l’Allemagne durant la PremiĂšre Guerre mondiale et homme de confiance des industriels de l’armement de la rĂ©gion de la Ruhr.

Le NSDAP n’intĂ©ressa pas que les militaristes. De nombreux industriels, des plus petites entreprises jusqu’aux plus grands groupes comme Borsig, Thyssen ou Stinnes, voyaient dĂ©jĂ  Ă  cette Ă©poque dans le NSDAP une des nombreuses organisations qui valaient la peine d’ĂȘtre soutenues. Ils la financĂšrent en consĂ©quence. Le parti reçut mĂȘme d’importantes subventions de l’Ă©tranger. Parmi ces premiers mĂ©cĂšnes amĂ©ricains, l’on trouve l’antisĂ©mite notoire et roi de l’automobile Henry Ford.

Au plus fort de l’inflation qui frappa l’Allemagne Ă  l’automne 1923, le NSDAP reçut par l’intermĂ©diaire de Ludendorff 100 000 marks-or de Fritz Thyssen, un montant astronomique compte tenu de l’inflation. Les dirigeants de l’industrie lourde de la Ruhr rassemblĂ©s autour de Thyssen et d’Hugo Stinnes espĂ©raient ainsi que le parti d’Hitler et de Ludendorff rĂ©ussirait Ă  diriger l’opposition bavaroise rĂ©actionnaire dans une « Marche sur Berlin » avec le mĂȘme succĂšs que la « Marche sur Rome » de Mussolini en octobre 1922. Stinnes s’en Ă©tait entretenu avec l’ambassadeur amĂ©ricain en septembre 1923 : « Il faut trouver un dictateur qui aurait le pouvoir de faire tout ce qui est nĂ©cessaire. Un tel homme doit parler la langue du peuple et ĂȘtre lui-mĂȘme un civil; nous avons un tel homme. Un grand mouvement issu de BaviĂšre, dĂ©cidĂ© Ă  restaurer les anciennes monarchies, approche. Sa venue signifiera avant tout le dĂ©but d’un combat contre le communisme. »

Hitler et Ludendorff organisĂšrent un putsch Ă  Munich les 8 et 9 novembre 1923, qui tourna Ă  la farce lamentable. Les hommes politiques de la bourgeoisie impĂ©rialiste allemande avaient tirĂ© leurs leçons de l’Ă©chec du putsch de Kapp de 1920 et de toutes les tentatives de mettre fin de maniĂšre violente Ă  la RĂ©publique de Weimar. Vu l’organisation et la puissance du prolĂ©tariat allemand, il ne fallait plus tolĂ©rer Ă  l’avenir de tentative de putsch. Ils comptaient en finir avec la RĂ©publique de Weimar par des voies pacifiques, d’une maniĂšre « constitutionnelle » et « lĂ©gale ». Hitler s’Ă©tait tournĂ© vers cette voie dĂšs 1924.

Dans la pĂ©riode de relative stabilitĂ© entre 1924 et 1928, l’essor conjoncturel avait amenĂ© la majoritĂ© du peuple allemand Ă  l’illusion qu’on avait rĂ©tabli des bases sĂ»res pour l’Ă©conomie nationale et leur propre existence. Les partisans petit-bourgeois du NSDAP se tournĂšrent vers les anciens partis bourgeois et le parti se rĂ©duisit comme une peau de chagrin jusqu’Ă  ĂȘtre pratiquement inexistant. Aux Ă©lections de mai 1928, le NSDAP ne rĂ©colta que 800 000 voix, contre 4,3 millions pour le Parti populaire national allemand (DNVP) de Hugenberg, lui-mĂȘme fort Ă  droite.

Mais quand la conjoncture se dĂ©grada Ă  nouveau, les cercles les plus rĂ©actionnaires du capital monopolistique dĂ©cidĂšrent d’une nouvelle offensive contre la RĂ©publique de Weimar. Ils voulaient, par la voie lĂ©gale, se dĂ©barrasser une fois pour toutes du systĂšme parlementaire, dĂ©manteler les organisations du mouvement ouvrier et ouvrir la voie aux prĂ©paratifs d’une guerre de conquĂȘtes revancharde. Dans ces circonstances, certains membres de ces cercles Ă©prouvĂšrent un regain d’intĂ©rĂȘt pour le NSDAP. À leur tĂȘte, Emil Kirdorf, fondateur du consortium houiller de RhĂ©nanie-Westphalie et de la sociĂ©tĂ© miniĂšre de Gelsenkirchen, et Alfred Hugenberg, homme de confiance et reprĂ©sentant des cercles les plus influents de la grande industrie de la Ruhr et des Junkers, lui-mĂȘme directeur du plus grand groupe de presse et de cinĂ©ma d’Allemagne et prĂ©sident du DNVP depuis 1928.

En dĂ©cembre 1929, aprĂšs l’Ă©clatement de la crise Ă©conomique mondiale, l’organisation de pointe de la grosse industrie, le syndicat patronal de l’industrie allemande du Reich, adopta un programme dirigĂ© contre les acquis politiques et sociaux de la classe ouvriĂšre allemande et s’engagea dans le dĂ©mantĂšlement progressif de la dĂ©mocratie parlementaire de la RĂ©publique de Weimar. Dans ce cadre, le NSDAP jouit de maniĂšre croissante du soutien moral et matĂ©riel du DNVP et des cercles de monopolistes et de Junkers qui dirigeaient ce parti en coulisses. GrĂące Ă  ce soutien, le NSDAP put diffuser plus largement et plus intensĂ©ment que jamais auparavant sa dĂ©magogie sociale au cours des campagnes pour les Ă©lections rĂ©gionales de 1929 et 1930, et pour les Ă©lections fĂ©dĂ©rales de septembre 1930. Cela fonctionna tant et si bien que, suite aux Ă©lections fĂ©dĂ©rales, le NSAPD devint le deuxiĂšme parti avec plus de 6 millions de voix et 107 dĂ©putĂ©s – derriĂšre le SPD toujours dominant.

La direction du NSDAP avait ainsi prouvĂ© Ă  la grande bourgeoisie que le parti Ă©tait non seulement utile, mais indispensable Ă  la rĂ©alisation de son projet : la crĂ©ation de conditions favorables Ă  une transition par la voie lĂ©gale d’une dĂ©mocratie parlementaire Ă  un rĂ©gime ouvertement dictatorial. Il fallait maintenant en faire un instrument sĂ»r et fiable allant dans le sens et respectant la volontĂ© des vĂ©ritables maĂźtres. Il fallait s’assurer de la serviabilitĂ© et de la fiabilitĂ© du FĂŒhrer, puis le mettre au pouvoir d’une maniĂšre strictement lĂ©gale. Il fallait Ă©galement s’assurer qu’il ne permettrait pas que la masse des membres de la base, nourris de dĂ©magogie anticapitaliste, fasse pression par le bas et influence la ligne de la direction du parti.

C’est dans ce cadre que se situent le serment de fidĂ©litĂ© Ă  la lĂ©galitĂ© de Hitler devant la Cour suprĂȘme du Reich le 25 septembre 1930, l’adoption du principe du FĂŒhrer, l’exclusion des opposants du parti nazi et la nomination Ă  des fonctions importantes d’hommes de confiance du capital financier. (…)

Extrait de Kurt Gossweiler; Hitler, l’irrĂ©sistible ascension. Essais sur le fascisme, Editions Aden

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