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mardi 9 avril 2019

Peut-on philosopher avec la littérature ?

Le cloisonnement entre philosophie et littérature est souvent argumenté. Pourtant, l’abstraction n’est pas la seule façon de penser.

Dans un train entre Marseille et Paris, des voyageurs se font face. Deux sont des jeunes filles, vraisemblablement des lycéennes qui voyagent ensemble. En vis-à-vis, un homme cravaté tapote sur son clavier d’ordinateur, tandis qu’à côté de lui une dame d’un âge respectable essaie de lier la conversation. Elle avise pour cela les titres des livres des deux amies. L’une tient dans ses mains Madame Bovary alors que l’autre se concentre sur les Méditations métaphysiques de Descartes. « Ah, la philosophie, soupire-t-elle alors, c’est beau mais je n’y comprends rien. Il faut croire que c’est dur de réfléchir. » Puis, après un nouveau soupir désolé : « Non, vraiment, conclut-elle en désignant l’œuvre de Flaubert, je préfère la littérature, c’est bien plus facile et au moins ça distrait. » Cette opinion selon laquelle nous aurions affaire à deux domaines bien distincts est fort répandue, et semble d’ailleurs confirmée par les faits : littérature et philosophie appartiennent à des domaines bien hétérogènes. Il suffit de se rendre dans n’importe quelle bibliothèque ou librairie pour le constater : la philosophie et la littérature sont des secteurs bien indépendants, ne serait-ce que par leur séparation géographique. Il ne viendrait à l’idée de personne de ranger la Critique de la raison pure avec les romans ou la poésie, tout comme Balzac ne saurait être classé à côté de Bachelard.

De même, si vous demandez un conseil de lecture pour en savoir plus sur la notion de justice, on vous orientera certainement davantage vers Platon, Aristote ou John Rawls que vers Victor Hugo. Cette distinction institutionnelle, qui prend corps dans les cursus universitaires eux-mêmes, semble refléter l’idée commune selon laquelle l’une, à savoir la philosophie, dirait le vrai, tandis que l’autre, la littérature, divertirait par le biais d’un discours esthétiquement formé. Pourtant, ainsi que l’écrit Diderot dans les Entretiens sur le fils naturel, « un sage était autrefois un philosophe, un poète, un musicien », ce à quoi il ajoute : « Ces talents ont dégénéré en se séparant ; la sphère de la philosophie s’est resserrée ; les idées ont manqué à la poésie […] et la sagesse privée de ces organes ne s’est plus fait entendre aux peuples avec le même charme. »

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