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Rupture dans la transmission, réponses croisées Samir Toumi

La RĂ©daction
 Existe-t-il une rupture gĂ©nĂ©rationnelle en AlgĂ©rie ? Et cette rupture se traduit-elle par l’impossibilitĂ© de s’objectiver ? A cette question, les expositions et le roman de Samir Toumi rĂ©pondent diffĂ©remment.

Le roman de Samir Toumi est un rĂ©cit Ă  la premiĂšre personne situĂ© dans l’AlgĂ©rie contemporaine, celle de la post-indĂ©pendance. Le narrateur est un homme jeune (il est ĂągĂ© de 44 ans), fils d’un moudjahid glorieux et puissant, c’est-Ă -dire appartenant Ă  la caste des privilĂ©giĂ©s.
Son reflet disparaĂźt par Ă©tapes successives jusqu’Ă  l’effacement total, et ce, malgrĂ© les soins d’un psychanalyste bienveillant mais finalement impuissant Ă  le guĂ©rir. Le lecteur partage la lutte du narrateur pour capter son reflet, ce moment du regard qu’on porte sur soi pour se construire et se fortifier dans son dĂ©sir d’ĂȘtre aimĂ©, fort ou vertueux…

Or, non seulement le narrateur qui enregistre les faits dans une sorte d’Ă©criture clinique ne parvient pas Ă  saisir son reflet, mais aucun Ă©lĂ©ment extĂ©rieur ne lui renvoie son image : dans le monde dessĂ©chĂ© dans lequel il Ă©volue, les rares rĂ©actions ne sont pas des rĂ©actions d’empathie ou d’Ă©motion, mais elles sont dictĂ©es par des rĂŽles : le pĂšre et le frĂšre rĂ©agissent mĂ©caniquement Ă  l’insulte faite Ă  la future Ă©pouse, celle-ci ne rĂ©agit guĂšre, le camarade de bureau s’inquiĂšte moins pour l’homme que pour le fils du moudjahid.

La narration Ă©vite soigneusement toute notation dans un registre qui serait celui de l’affectivitĂ©.
Seul l’Ă©pisode d’Oran suggĂšre la possibilitĂ© d’un monde de plaisir Ă  travers la figure du chauffeur de taxi et de dĂ©sir Ă  travers le personnage de la femme mĂ»re, qui suscite passagĂšrement le dĂ©sir du narrateur avant d’ĂȘtre rejetĂ©e. De palier en palier, le mal s’amplifie jusqu’au dĂ©nouement qui est la rĂ©gression dans le giron du pĂšre.

Le parcours du narrateur n’est pas celui d’un progrĂšs – le roman de Samir Toumi serait l’inverse du roman de formation ou d’Ă©ducation. Aucune mĂ©moire dont le narrateur pourrait se nourrir ne s’est transmise : le roman par cette absence de perspective laisse un goĂ»t trĂšs sombre. Certes, les rĂŽles sociaux existent : le moudjahid glorieux et omnipotent, l’Ă©pouse dĂ©laissĂ©e et neurasthĂ©nique, le fils Ă©crasĂ© par son pĂšre, jusqu’aux jeunes filles fantĂŽmes d’amour sans consistance, mais quels sont les personnages positifs ?

Samir Toumi rĂ©pond : «Le chauffeur de taxi qui jouit simplement de la vie, la femme qui a construit son entreprise, l’homme Ă  tout faire qui passe sa vie Ă  se dĂ©vouer mais est dotĂ© d’empathie, le camarade de bureau qui s’intĂ©resse Ă  un autre ĂȘtre.» Dans cette sociĂ©tĂ© d’ectoplasmes au sens grec du terme -d’ĂȘtres sans consistance-, le narrateur ne reçoit ni mĂ©moire -il est juste une machine Ă  enregistrer, ce qu’il perçoit ou subit- ni retour : point de relations ni entre les ĂȘtres ni entre les sexes, si ce n’est fugitives. Roman du dĂ©senchantement ?

Des idĂ©aux de la RĂ©volution, il ne reste rien pour le fils et seulement des avantages matĂ©riels pour le pĂšre. Pire : roman dĂ©sabusĂ©  : sans mĂ©moire, sans transmission, sans place pour la deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration post-indĂ©pendance Ă©crasĂ©e par un rĂ©cit national auquel elle ne participe pas, un monde sans passĂ©, oĂč le futur n’existe pas davantage. Ce rĂ©cit est-il une allĂ©gorie figurant l’absence d’engagement et le sentiment d’impuissance de cette gĂ©nĂ©ration ? Pour autant, si sombre qu’il soit, en objectivant ces questions, le roman reflĂšte une image dont on peut parler.

N’est-ce pas lĂ  seulement une partie de l’expĂ©rience de l’AlgĂ©rie contemporaine ? Quand il n’Ă©crit pas, Samir Toumi expose les jeunes artistes de la scĂšne algĂ©rienne dans ses bureaux. Or, parmi les expositions Ă  la Baignoire qui montrent cette scĂšne contemporaine vivante, il y a eu celle de jeunes photographes de rue (Chawari 3) qui ont donnĂ©, selon ses termes avec tendresse, leur point de vue sur l’AlgĂ©rie.

En leur proposant ce thĂšme d’exposition, c’est bien une expression venue de l’intĂ©rieur qu’il souhaitait voir exposĂ©e. La transmission passe par des voies inattendues, l’intĂ©rĂȘt du jeune plasticien Massinissa Selmani pour les romans de Chawki Amari qu’il apprĂ©cie pour leur humour, ou ceux de Samir Toumi, dont il goĂ»te la prĂ©cision en est une forme inattendue. L’engagement est finalement aussi bien de la part du commissaire que des jeunes artistes. Le rĂ©cit de l’expĂ©rience de la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne a donc bel et bien repris.

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