Dix ans de développement. Plus de 500 millions de dollars investis. Et toujours aucune date de sortie.
À lui seul, Beyond Good and Evil 2 incarne aujourd’hui les dérives d’un géant du jeu vidéo en pleine crise existentielle.
Alors qu’Ubisoft célèbre ses 40 ans, le 28 mars 2026, l’ambiance est loin d’être à la fête. Derrière les bougies, c’est une entreprise fragilisée qui se dévoile : pertes financières, restructurations brutales, tensions internes… et un projet devenu symbole d’échec.
Aux origines d’un rêve vidéoludique
Tout commence à la fin des années 90, dans un studio discret près de Montpellier.
Un homme y imagine un univers singulier, poétique et engagé : Michel Ancel.
En 2003 sort Beyond Good and Evil.
Un jeu salué par la critique, souvent décrit comme en avance sur son temps.
Mais le succès n’est pas au rendez-vous.
- 1 million de ventes la première année
- Bien loin des mastodontes comme Tom Clancy's Splinter Cell ou Prince of Persia: The Sands of Time
Et pourtant… le temps va lui donner raison. Grâce au bouche-à-oreille, le jeu devient culte.
Ubisoft tient une pépite. Et une suite s’impose.
Une ambition démesurée
Mais le projet disparaît rapidement des radars.
Entre-temps, Ubisoft change d’échelle.
Le studio devient une machine industrielle :
- Assassin's Creed
- Far Cry
- Just Dance
- Raving Rabbids
Des succès mondiaux… mais aussi une critique récurrente : la répétition.
Résultat ? Les projets atypiques comme BGE2 passent au second plan.
Un développement chaotique
En 2017, lors de l’E3, Ubisoft relance la machine avec un trailer spectaculaire.
L’attente explose. L’ambition aussi.
- Univers gigantesque
- Multijoueur
- Liberté totale
Une bêta est annoncée pour 2019.
Elle n’arrivera jamais.
Le projet replonge dans le silence.
L’explosion interne,
Une enquête du journal Libération révèle :
- harcèlement
- management toxique
- climat interne délétère
Dans la foulée, Michel Ancel quitte Ubisoft.
Le projet perd son créateur. Et sa vision.
Les témoignages s’accumulent :
développement instable, directions changeantes, fatigue des équipes.
En 2022, le couperet tombe :
Beyond Good & Evil 2 devient officiellement le jeu au développement le plus long de l’histoire, dépassant Duke Nukem Forever.
Ubisoft en crise structurelle
Les difficultés ne s’arrêtent pas là.
- 2023 : près de 500 millions d’euros de pertes
- Fermetures de studios (San Francisco, Halifax…)
- Annulation de projets, dont le remake de Prince of Persia: The Sands of Time Remake
- Plan social à Paris
- Grèves en 2026
Ubisoft tente de se réinventer avec une nouvelle organisation en “maisons de création”.
Mais en interne, la tension reste vive.
Un projet à 500 millions de dollars
Selon Insider Gaming, le budget de Beyond Good & Evil 2 dépasserait désormais les 500 millions de dollars.
Un record.
Et un risque colossal.
À ce stade, une question s’impose :
le jeu peut-il encore être rentable… voire simplement sortir ?
Un symbole… ou un naufrage final ?
Aujourd’hui, deux visions s’opposent en interne :
- ceux qui veulent abandonner
- ceux qui veulent aller au bout, coûte que coûte
Car au-delà du jeu, Beyond Good & Evil 2 est devenu un symbole.
Celui d’une industrie où :
- l’ambition dépasse parfois la réalité
- la gestion humaine est cruciale
- et où même les géants peuvent vaciller
Ubisoft à la croisée des chemins
À 40 ans, Ubisoft n’est plus le petit studio breton de 1986.
Mais il n’est pas non plus l’empire intouchable qu’il semblait être.
Beyond Good & Evil 2 pourrait être :
- soit une renaissance spectaculaire
- soit l’échec le plus marquant de son histoire
Dans tous les cas, il restera comme le miroir d’une époque du jeu vidéo, où créer un blockbuster est devenu aussi risqué… que de ne jamais le terminer.
