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L’HĂ©ritage de l’Universel : Les 7 PrĂ©ceptes de LĂ©onard de Vinci

La Rédaction


Amboise, 2 mai 1519. Dans la pĂ©nombre de sa chambre du Clos LucĂ©, un vieillard Ă  la barbe de prophĂšte rend son dernier souffle. La lĂ©gende, immortalisĂ©e par Ingres, veut que le roi François Ier ait recueilli son ultime soupir. Si l'anecdote est historiquement contestĂ©e (le Roi Ă©tait alors Ă  Saint-Germain-en-Laye pour la naissance de son fils), elle symbolise parfaitement le respect immense qu’inspirait LĂ©onard de Vinci.


L'artiste laissait derriÚre lui des milliers de pages de notes, un chaos génial que son fidÚle disciple, Francesco Melzi, tentera d'organiser dans le célÚbre Traité de la peinture. Voici les sept rÚgles d'or qui ont transformé la peinture en une science divine.


1. L’ƒil, FenĂȘtre de l’Âme et de la Science

Pour LĂ©onard, peindre n'est pas un acte manuel, c'est un acte intellectuel (cosa mentale). L'Ɠil est l'outil suprĂȘme.


L’anecdote : LĂ©onard ne se contentait pas d'observer ; il expĂ©rimentait. Pour comprendre la vision, il fabriqua une sphĂšre de verre remplie d'eau et y plongea le visage pour observer la rĂ©fraction, anticipant ainsi le fonctionnement de la cornĂ©e et l'effet « fisheye ».

Le prĂ©cepte : Avant de tenir le pinceau, le peintre doit ĂȘtre un opticien. Il faut comprendre comment la lumiĂšre frappe la rĂ©tine pour recrĂ©er le relief sur une surface plane.


2. La Peinture est une Science Naturelle

Léonard refusait de séparer l'art de la rigueur scientifique. Pour peindre un bras, il faut savoir comment le muscle s'attache à l'os. Pour peindre une fleur, il faut comprendre la sÚve.


Le dĂ©tail vĂ©rifiĂ© : Il a pratiquĂ© plus de 30 dissections de cadavres humains, bravant les interdits et les odeurs insoutenables, pour comprendre la mĂ©canique du sourire ou la tension d'un tendon. Son Homme de Vitruve est le symbole de cette quĂȘte de proportions parfaites oĂč l'humain s'inscrit dans la gĂ©omĂ©trie sacrĂ©e.


3. La Tyrannie de l'Ombre et de la LumiĂšre

« L’ombre est le moyen par lequel les corps rĂ©vĂšlent leur forme », Ă©crivait-il. Sans ombre, un objet est plat. Mais attention : l'ombre de LĂ©onard n'est jamais un trou noir.

La technique : Il prĂ©conisait l'Ă©tude de la lumiĂšre universelle (celle d'un jour nuageux ou d'un atelier aux murs peints en noir) qui adoucit les contrastes et donne plus de noblesse aux visages. Pour lui, la lumiĂšre « enveloppe » le corps comme une Ă©toffe.


4. Le Rejet du Noir Pur et des Contours Tranchés

Dans la nature, le noir absolu n'existe pas, pas plus que le blanc pur (sauf sur un objet blanc). Léonard fustigeait les peintres qui utilisaient des traits de contour sombres.

Le conseil du MaĂźtre : « Rappelle-toi que les ombres ne sont jamais si profondes qu'elles engloutissent la couleur. » Il demandait Ă  ses Ă©lĂšves de mĂȘler leurs couleurs avec subtilitĂ© pour que l'ombre reste « habitĂ©e » par la teinte de l'objet.

5. Le Sfumato : L'Art de l'Évanescence

C'est l'innovation la plus célÚbre de Vinci. Le terme vient de l'italien fumo (fumée). Il consiste à superposer des dizaines de couches de peinture presque transparentes (les glacis).

Le secret technique : Des analyses aux rayons X sur la Joconde ont révélé que certaines couches de peinture ne mesurent qu'un à deux microns d'épaisseur (un milliÚme de millimÚtre !). Cette technique supprime les transitions brusques, donnant l'impression que le visage respire et que l'expression change selon l'angle de vue.

6. La Perspective Atmosphérique (ou Aérienne)

Léonard a observé que l'air n'est pas totalement transparent. Plus un objet est loin, plus il doit traverser de couches d'air chargées d'humidité.

L'application : C’est pourquoi, dans l'arriĂšre-plan de la Sainte Anne ou de la Vierge aux rochers, les montagnes deviennent bleutĂ©es et floues. Il conseillait d'utiliser une fine couche de blanc de plomb trĂšs diluĂ© pour simuler ce voile atmosphĂ©rique qui donne une profondeur infinie au tableau.

7. L’Émotion : Peindre les « Mouvements de l’Âme »

Toute cette science ne servirait à rien sans la pression de l'ùme. Pour Léonard, un bon peintre doit représenter deux choses : l'homme et l'état de son esprit.

L'anecdote de la grotte : Il raconte dans ses carnets s'ĂȘtre retrouvĂ© devant une caverne sombre. Il fut assailli par deux sentiments contraires : la peur de l'obscuritĂ© menaçante et le dĂ©sir de dĂ©couvrir les merveilles qu'elle recĂšle. C'est cette tension psychologique qu'il insuffle dans ses Ɠuvres : ses personnages ne sont jamais figĂ©s, ils semblent toujours sur le point de dire ou de penser quelque chose.

L'Ɠuvre InachevĂ©e

Le plus grand paradoxe de LĂ©onard de Vinci est qu'en cherchant la perfection absolue Ă  travers ces sept rĂšgles, il a laissĂ© derriĂšre lui une immense majoritĂ© d'Ɠuvres inachevĂ©es (non finito). Pour lui, le processus de comprĂ©hension du monde Ă©tait plus important que la finalisation du tableau.

Par Aghilas AZZOUG 

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