Depuis plus de cinquante ans, une prolifération massive d’algues vertes touche chaque année une partie du littoral breton, en particulier dans les Côtes-d’Armor. Ce phénomène, loin d’être anodin, a été associé à des effets toxiques graves pour la santé humaine et animale, et a conduit à des accusations de négligence de l’État et de défaillance des politiques publiques face à la pollution agricole.
📍 Un phénomène ancien lié à l’agriculture intensive
Les algues vertes se développent en grande quantité notamment là où des rivières chargées de nitrates et de phosphates issus des engrais et des déchets agricoles se jettent dans la mer. Ces nutriments favorisent la prolifération d’algues qui s’accumulent ensuite sur les plages et dans les estuaires.
Une fois échouées et en train de pourrir, ces grandes masses d’algues dégagent du sulfure d’hydrogène (H₂S) — un gaz toxique potentiellement mortel en forte concentration.
☠️ Des cas tragiques reconnus par la justice
Le cas le plus significatif est celui de Jean-René Auffray : cet homme de 50 ans est décédé en 2016 dans l'estuaire du Gouessant, après avoir inhalé des gaz émis par des algues vertes en décomposition lors d’une sortie de course à pied.
En juin 2025, la cour administrative d’appel de Nantes a reconnu pour la première fois que ces algues étaient responsables de ce décès, et a estimé que l’État était partiellement responsable par négligence dans l’application des réglementations environnementales destinées à réduire ce type de pollution d’origine agricole.
La justice a ainsi condamné l’État à indemniser la famille — une décision jugée historique car c’est la première reconnaissance juridique du lien direct entre la pollution par des algues vertes et la mort d’un homme.
Un problème sanitaire et économique
Outre ce cas tragique, les algues vertes sont associées à de nombreux autres incidents similaires, y compris la mort d’animaux domestiques et sauvages, ainsi que des effets sanitaires plus larges (nausées, maux de tête, difficultés respiratoires) chez les personnes exposées à ces gaz lors de grandes marées vertes.
Ce phénomène a aussi un fort impact économique local : les longues nappes d’algues et leur odeur nauséabonde détournent les touristes des plages bretonnes en période estivale, ce qui a des répercussions notables sur l’activité touristique régionale.
Une affaire qui fait réagir la société
Le sujet a même inspiré des enquêtes journalistiques et des œuvres culturelles. Par exemple, le film documentaire Les algues vertes, basé sur l’enquête de la journaliste Inès Léraud, décrit de manière approfondie comment ce scandale environnemental et sanitaire a été longtemps minimisé malgré les preuves accumulées.
Enjeux politiques et question des responsabilités
Au cœur de cette affaire se trouve une critique récurrente : malgré les plans de lutte successifs, les autorités publiques et les gouvernements successifs n’auraient pas pris les mesures suffisantes pour s’attaquer à la cause profonde du problème — la pollution agricole intensive.
Les défenseurs de l’environnement affirment que les solutions mises en place sont souvent des réparations de surface (nettoyage des plages, collecte des algues) plutôt que des actions structurelles pour réduire durablement les nitrates à l’origine de ces proliférations.
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| Une bd reportage qui parle des Algues Vertes |
L’affaire des algues vertes en France dépasse le simple désagrément écologique : elle s’est transformée en un véritable scandale sanitaire et politique. La reconnaissance par la justice d’un lien direct entre les algues toxiques et un décès humain marque un tournant, et relance le débat sur la responsabilité collective face aux pollutions agricoles et à leurs conséquences sur la santé publique et l’environnement.
Par Aghilas AZZOUG



