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Valéry Giscard d'Estaing a rejoint De Gaulle et Chirac

La RĂ©daction

 

ValĂ©ry Giscard d’Estaing, ancien prĂ©sident de la RĂ©publique, est mort

Elu prĂ©sident Ă  48 ans, ValĂ©ry Giscard d’Estaing, mort mercredi Ă  l’Ăąge de 94 ans des suites du Covid-19, a connu une brillante ascension politique. Il incarne le changement sans rupture et transforme – en peu de temps – la sociĂ©tĂ© française durablement.

 « ConformĂ©ment Ă  sa volontĂ©, ses obsĂšques se dĂ©rouleront dans la plus stricte intimitĂ© familiale. » Il avait Ă©tĂ© hospitalisĂ© Ă  plusieurs reprises ces derniers mois pour des problĂšmes cardiaques.

ValĂ©ry Giscard d’Estaing est nĂ© le 2 fĂ©vrier 1926, Ă  Coblence (Allemagne), oĂč son pĂšre, Edmond Giscard, est directeur des finances du Haut-Commissariat de France en RhĂ©nanie, rĂ©gion alors occupĂ©e par l’armĂ©e française. Sa mĂšre, May Bardoux (1901-2003), est la fille du sĂ©nateur, puis dĂ©putĂ© du Puy-de-DĂŽme et membre de l’Institut Jacques-Bardoux, et la petite-fille d’AgĂ©nor Bardoux, Ă©galement dĂ©putĂ© et sĂ©nateur du mĂȘme dĂ©partement, et ministre de l’instruction publique au dĂ©but de la IIIe RĂ©publique. Jacques Bardoux est Ă©galement un Ă©crivain prolifique, et reçoit Ă  ce titre le prix de l’AcadĂ©mie française. En 1922, par dĂ©cret, les Giscard deviennent Giscard d’Estaing, nom d’une autre branche de la famille.

ValĂ©ry Giscard d’Estaing fait ses Ă©tudes Ă  l’Ă©cole Gerson, au lycĂ©e Blaise-Pascal Ă  Clermont-Ferrand, puis aux lycĂ©es Janson-de-Sailly et Louis-le-Grand, Ă  Paris, pendant l’Occupation. Il obtient son double baccalaurĂ©at en philosophie et mathĂ©matiques Ă©lĂ©mentaires en 1942, Ă  16 ans. Participant ensuite Ă  la RĂ©sistance, il s’engage dans la Ire armĂ©e française en 1944 et combat en Allemagne et en Autriche. Il est dĂ©corĂ© de la Croix de guerre.

De retour en France, il rĂ©ussit le concours de l’Ecole polytechnique, d’oĂč il sort en 1948. Il intĂšgre la nouvelle Ecole nationale d’administration (ENA) en 1949, en sort en 1952, et entre Ă  l’inspection des finances. Cette annĂ©e-lĂ , il Ă©pouse le 17 dĂ©cembre Anne-Aymone Sauvage de Brantes, avec laquelle il aura quatre enfants.

Il s’engage bientĂŽt en politique. De juin Ă  dĂ©cembre 1955, ValĂ©ry Giscard d’Estaing, alors ĂągĂ© de 29 ans, est directeur adjoint au cabinet du prĂ©sident du Conseil, Edgar Faure. Puis, il se prĂ©sente dans le Puy-de-DĂŽme, dĂ©partement d’Ă©lection de sa famille. Il en sera dĂ©putĂ© de 1956 Ă  1959.

Talent oratoire

Il entre ensuite au gouvernement. AprĂšs avoir Ă©tĂ© secrĂ©taire d’Etat aux finances auprĂšs d’Antoine Pinay, de 1959 Ă  1962 dans le gouvernement de Michel DebrĂ©, il devient, Ă  36 ans, ministre des finances et des affaires Ă©conomiques de Georges Pompidou, qui a succĂ©dĂ© en avril 1962 Ă  Michel DebrĂ©. Il occupe ce poste jusqu’en 1966. En 1962, il crĂ©e un embryon de force politique, le groupe des RĂ©publicains et indĂ©pendants. Il continue parallĂšlement son implantation locale en Auvergne. S’il Ă©choue Ă  la mairie de Clermont-Ferrand, il obtient un mandat de maire dans une commune proche en 1967, ChamaliĂšres (Puy-de-DĂŽme). Ministre brillant, au talent oratoire reconnu, son ambition s’accroĂźt.

Il exprime de plus en plus ses rĂ©serves envers le pouvoir gaulliste. Son refus d’appeler Ă  voter « oui » au rĂ©fĂ©rendum d’avril 1969 aboutit Ă  l’Ă©chec de Charles de Gaulle, qui dĂ©missionne aussitĂŽt. Il devient ministre des finances dans les deux gouvernements de la prĂ©sidence de Georges Pompidou (1969-1974). Il est alors Ă  la tĂȘte des RĂ©publicains indĂ©pendants, qui constituent la deuxiĂšme composante de la majoritĂ© de droite.

Candidat Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle de 1974, il dĂ©fait le gaulliste Jacques Chaban-Delmas et l’emporte au second tour le 19 mai 1974 face Ă  François Mitterrand, candidat de l’Union de la gauche, devenant, Ă  48 ans, le plus jeune prĂ©sident de la RĂ©publique depuis 1848. Pendant la campagne, il met en place une communication innovante oĂč il prĂ©sente l’image d’un homme politique jeune et dynamique incarnant le renouveau face Ă  ses rivaux. Lors du dĂ©bat tĂ©lĂ©visĂ© de l’entre-deux-tours face Ă  François Mitterrand, il lance une formule qui restera cĂ©lĂšbre : « Vous n’avez pas le monopole du cƓur. » Il est Ă©lu avec 50,81 % des voix.

Virage sécuritaire

PrĂŽnant une « sociĂ©tĂ© libĂ©rale avancĂ©e », le nouveau prĂ©sident fait notamment voter l’abaissement de la majoritĂ© de 21 ans Ă  18 ans, la dĂ©pĂ©nalisation de l’avortement, encadrant l’interruption volontaire de grossesse (IVG), dĂ©fendue avec force par la ministre de la santĂ©, Simone Veil, l’Ă©largissement du droit de saisine du Conseil constitutionnel et la fin de l’ORTF.

Plusieurs de ses fidĂšles, dont Michel d’Ornano et Michel Poniatowski, entrent dans un gouvernement ouvert Ă  des personnalitĂ©s de la sociĂ©tĂ© civile, comme Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud, nommĂ©e secrĂ©taire d’Etat Ă  la condition fĂ©minine. Pour rĂ©compenser ceux des gaullistes qui se sont ralliĂ©s avant le scrutin, Jacques Chirac est nommĂ© Ă  Matignon. Le couple exĂ©cutif aura rapidement des relations difficiles.

Jacques Chirac dĂ©missionne le 25 aoĂ»t 1976 et fonde le Rassemblement pour la RĂ©publique (RPR) en dĂ©cembre. Raymond Barre entre Ă  Matignon et doit faire face, comme son prĂ©dĂ©cesseur, Ă  la crise Ă©conomique dĂ©clenchĂ©e par le premier choc pĂ©trolier de 1973, puis aggravĂ©e par le deuxiĂšme choc, en 1979. Il Ă©chouera Ă  juguler l’inflation et la montĂ©e du chĂŽmage.

Dans un contexte de tensions politiques et sociales, ValĂ©ry Giscard d’Estaing opĂšre un virage sĂ©curitaire. Il promulgue, en fĂ©vrier 1981, la loi sĂ©curitĂ© et libertĂ© concoctĂ©e par Alain Peyrefitte. Et refuse de gracier Christian Ranucci, condamnĂ© Ă  mort pour l’enlĂšvement et le meurtre, le 3 juin 1974, de la petite Marie-DolorĂšs Rambla, ĂągĂ©e de 8 ans. Il est exĂ©cutĂ© le 28 juillet 1976. En matiĂšre de sĂ©curitĂ© mais aussi d’immigration, il se montre conservateur, ce qui contraste avec son image de libĂ©ral dans d’autres domaines.

Sur le plan culturel, il lance les premiĂšres JournĂ©es du patrimoine, organisĂ©es en 1980, prend la dĂ©cision, en 1977, de transformer la gare parisienne d’Orsay en musĂ©e. Le 1er dĂ©cembre 1986, François Mitterrand, ValĂ©ry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac inaugureront ces nouveaux espaces consacrĂ©s aux artistes de la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle.

Construction européenne

Sa politique internationale est marquĂ©e par le renforcement de la construction europĂ©enne. GrĂące au soutien du chancelier fĂ©dĂ©ral allemand, Helmut Schmidt, il est Ă  l’origine de la crĂ©ation du Conseil europĂ©en en dĂ©cembre 1974, ce qui est vu comme le prolongement de l’action gaulliste, qui privilĂ©giait la coopĂ©ration entre les Etats Ă  l’intĂ©gration communautaire. En contrepartie, la France est pressĂ©e d’accepter l’Ă©lection du Parlement europĂ©en au suffrage universel direct, dont les premiĂšres Ă©lections ont lieu en 1979.

Avec le chancelier Schmidt, ValĂ©ry Giscard d’Estaing resserre les liens entre la France et l’Allemagne. Il met l’accent sur le volet Ă©conomique de la construction europĂ©enne. En 1978, deux ans aprĂšs une nouvelle sortie du franc du Serpent monĂ©taire europĂ©en, est lancĂ©, sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne, le SystĂšme monĂ©taire europĂ©en. L’ECU, unitĂ© de compte europĂ©enne, est crĂ©Ă© l’annĂ©e suivante. Ces mesures sont considĂ©rĂ©es comme les prĂ©alables Ă  l’instauration d’une union Ă©conomique et monĂ©taire en Europe, la future zone euro.

Hormis l’Europe communautaire, il est le premier prĂ©sident français Ă  se rendre en AlgĂ©rie depuis l’indĂ©pendance, en avril 1975. Il implique aussi militairement la France dans la bataille de Kolwezi (ZaĂŻre) en 1978, avec l’envoi de troupes aĂ©roportĂ©es du 2e rĂ©giment Ă©tranger de parachutistes pour libĂ©rer les 3 000 EuropĂ©ens pris en otage par des rebelles au gouvernement zaĂŻrois.

Affaire des diamants

Sur un plan plus gĂ©nĂ©ral, il tente de dĂ©passer les conflits idĂ©ologiques et prĂŽne une direction mondiale des grands pays industrialisĂ©s. C’est sur son initiative que se tient la premiĂšre rĂ©union des cinq pays les plus industrialisĂ©s de la planĂšte (Etats-Unis, Japon, France, Allemagne de l’Ouest, Royaume-Uni), au chĂąteau de Rambouillet (Yvelines), du 15 au 17 novembre 1975.

Un an avant l’Ă©lection prĂ©sidentielle, il est donnĂ© largement rĂ©Ă©lu par les sondages. Mais la campagne est notamment marquĂ©e par l’affaire des diamants, qui Ă©clate en octobre 1979. Le Canard enchaĂźnĂ©, puis Le Monde l’accusent d’avoir reçu, alors qu’il Ă©tait ministre des finances, des diamants en guise de cadeaux de Jean-Bedel Bokassa, alors prĂ©sident de la RĂ©publique centrafricaine. Son intĂ©gritĂ© est mise en doute.

Il arrive nĂ©anmoins en tĂȘte du premier tour, le 26 avril 1981. Mais il est battu par François Mitterrand le 10 mai 1981. Sa dĂ©faite est un choc. « Disons la vĂ©ritĂ©, je n’avais jamais envisagĂ© ma dĂ©faite », confirmera-t-il dans ses MĂ©moires.

Mais il finit par rebondir. Il est notamment dĂ©putĂ© UDF du Puy-de-DĂŽme (1984 Ă  1989) et prĂ©sident du conseil rĂ©gional d’Auvergne (1986-2004). Elu Ă  la prĂ©sidence de l’UDF en 1988, parti de centre droit qu’il a fondĂ© alors qu’il Ă©tait Ă  l’ElysĂ©e, il est un des principaux dirigeants de l’opposition Ă  François Mitterrand. Mais s’il envisage de se prĂ©senter Ă  nouveau Ă  la prĂ©sidentielle de 1995, les sondages le dissuadent et il renonce, soutenant Jacques Chirac. Lors des Ă©lections municipales de 1995, il Ă©choue de peu dans la conquĂȘte de la mairie de Clermont-Ferrand, dĂ©tenue par la gauche depuis 1935.

Il se dĂ©sengage alors de la politique nationale. Mais son engagement europĂ©en ne se dĂ©ment pas. Lors des Ă©lections europĂ©ennes de 1989, il conduit la liste d’union UDF-RPR, arrivĂ©e en tĂȘte. Il entre alors au Parlement europĂ©en. Il prĂ©side Ă©galement le Mouvement europĂ©en de 1989 Ă  1997. Il veut favoriser une relance de l’intĂ©gration europĂ©enne et devient prĂ©sident de la Convention sur l’avenir de l’Europe, en dĂ©cembre 2001. Elle a pour but de simplifier les diffĂ©rents traitĂ©s en rĂ©digeant un projet constitutionnel. Le 29 mai 2003, il reçoit le prix Charlemagne pour avoir « fait progresser le processus d’unification » en Europe, comme Simone Veil qui le reçut en 1981 aprĂšs avoir Ă©tĂ© la premiĂšre prĂ©sidente du Parlement europĂ©en.

Le 15 juillet 2003, ValĂ©ry Giscard d’Estaing prĂ©sente la Constitution europĂ©enne, qui est signĂ©e par les vingt-cinq membres de l’UE, le 29 octobre 2004. Il prend dĂšs lors une part active, en avril et mai 2005, Ă  la campagne pour le « oui » au rĂ©fĂ©rendum Ă  propos du traitĂ© constitutionnel europĂ©en voulu par Jacques Chirac. Le non l’emporte avec 54,68 % le 29 mai 2005.

Auteur de plusieurs essais et romans, ValĂ©ry Giscard d’Estaing est Ă©galement membre de l’AcadĂ©mie française depuis 2003. Si, depuis le 22 janvier 2017, il est le prĂ©sident de la RĂ©publique française ayant vĂ©cu le plus longtemps, dĂ©passant Emile Loubet, il n’est plus, depuis mai 2017, le plus jeune prĂ©sident Ă©lu sous la Ve, « battu » par Emmanuel Macron, Ă©lu Ă  l’Ăąge de 39 ans.

ValĂ©ry Giscard d’Estaing en quelques dates

2 fĂ©vrier 1926 Naissance Ă  Coblence (Allemagne)

1944-1945 A 18 ans, il s’engage dans la premiĂšre armĂ©e française du gĂ©nĂ©ral de Lattre de Tassigny et est dĂ©corĂ© de la croix de guerre

1946-1948 ElĂšve de l’Ecole polytechnique

1949-1951 Ecole nationale d’administration

1952 Epouse Anne-Aymone Sauvage de Brantes

1er janvier 1954 Inspecteur des finances

1955 Directeur adjoint du cabinet du prĂ©sident du Conseil, Edgar Faure

1956 Elu dĂ©putĂ© du Puy-de-DĂŽme

1959 SecrĂ©taire d’Etat aux finances

1962 Ministre des finances de Georges Pompidou

1966 Elu Ă  la tĂȘte de la FĂ©dĂ©ration nationale des rĂ©publicains indĂ©pendants

1967 Elu maire de ChamaliĂšres dans le Puy-de-DĂŽme

1969 Ministre de l’Ă©conomie et des finances de Jacques Chaban-Delmas

1972 Ministre de l’Ă©conomie et des finances de Pierre Messmer

1974 Elu prĂ©sident de la RĂ©publique

1974 Nomme Jacques Chirac Ă  Matignon

1975 La loi Veil autorise l’interruption volontaire de grossesse

1976 Raymond Barre, premier ministre aprĂšs la dĂ©mission de Jacques Chirac

1978 CrĂ©ation de l’Union pour la dĂ©mocratie française (UDF)

1979 Le Canard enchaĂźnĂ© rĂ©vĂšle l’affaire des diamants offerts par l’empereur Bokassa

1981 Battu par François Mitterrand au second tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle

24 septembre 1984 Redevient dĂ©putĂ© du Puy-de-DĂŽme

21 mars 1986 Elu prĂ©sident du conseil rĂ©gional d’Auvergne

30 juin 1988 PrĂ©sident de l’Union pour la dĂ©mocratie française (UDF)

1988 Sortie du premier tome de ses mĂ©moires « Le Pouvoir et la Vie »

1989 Elu dĂ©putĂ© europĂ©en.

2001-2003 PrĂ©side la Convention sur l’avenir de l’Europe

11 dĂ©cembre 2003 Elu Ă  l’AcadĂ©mie française

2 dĂ©cembre 2020 Mort Ă  l’Ăąge de 94 ans Ă  Authon dans le Loir-et-Cher

Écrit par Edouard Pflimlin

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