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45 000 malades mentaux morts de faim sous le régime de Vichy

La RĂ©daction
Des milliers de personnes abandonnĂ©es jusqu’Ă  la mort entre les murs des hĂŽpitaux psychiatriques : c’est l’effroyable rĂ©alitĂ© d’un fait mĂ©connu de la Seconde Guerre mondiale. Dans un documentaire diffusĂ© sur Spicee, Elise Rouard tente d’Ă©claircir cette zone d’ombre de l’Histoire de France. 

C’est un chapitre de notre histoire que peu de Français connaissent.
L’HĂ©catombe des fous raconte comment quarante-cinq mille personnes atteintes de maladie mentale sont mortes de dĂ©nutrition dans les asiles français pendant la Seconde Guerre mondiale. Une rĂ©alitĂ© passĂ©e sous silence, dĂ©rangeante.

Ex-rĂ©dactrice en chef Ă  LCI, aujourd’hui sur France Info TV, la journaliste Elise Rouard a pris connaissance de cette histoire presque par hasard : « Je pensais tout connaĂźtre de la guerre, avoir tout lu, quand je me suis rendue dans une exposition Ă  l’hĂŽpital psychiatrique de Montdevergues (Vaucluse). LĂ , je suis tombĂ©e sur l’agonie de ces malades, dont j’ignorais tout. » Elle y redĂ©couvre le destin de Camille Claudel, internĂ©e Ă  Montdevergues depuis 1913, visitĂ©e de loin en loin par son frĂšre Paul, et finalement morte en 1943, affamĂ©e et seule, comme tant d’autres, dans toute la France. « Un choc », rĂ©sume Elise Rouard.

Assez vite, la rĂ©alisatrice trouve trace de ces morts aux Archives nationales, mais trĂšs peu de photos et aucun film. A la LibĂ©ration, le sort de ces malades que personne ne voulait voir n’a pas Ă©tĂ© documentĂ©. Des historiens comme Isabelle von Bueltzingsloewen (1) ou le psychiatre Max Lafont ont fait un travail de mĂ©moire, mais les images manquent cruellement. C’est l’une des faiblesses majeures de ce doc : comment raconter une histoire qui possĂšde si peu d’archives visuelles ? Le film s’en ressent, d’autant qu’Elise Rouard n’a pas spĂ©cialement soignĂ© sa construction. Mais son enquĂȘte, fouillĂ©e, donne Ă  entendre plusieurs tĂ©moins en mesure de raconter le quotidien des patients sous l’Occupation.

Responsabilités politiques et administratives

Comme cette incroyable AimĂ©e, 103 ans aujourd’hui. Au premier rendez-vous, l’ancienne infirmiĂšre de l’hĂŽpital de Maison-Blanche (Neuilly-sur-Marne) ne se souvient de rien. Quand la journaliste revient la voir avec des chiffres et des noms de malades dĂ©cĂ©dĂ©s dans son hĂŽpital, la mĂ©moire de la vieille dame se dĂ©verrouille, et tout remonte Ă  la surface. Les corps qui n’ont plus que la peau sur les os, son impuissance, et les cerises qu’elle cueille l’Ă©tĂ© dans son jardin pour ses patientes. « Comme beaucoup de ceux qui ont traversĂ© des tragĂ©dies, AimĂ©e avait enfoui tous ses souvenirs et n’en avait parlĂ© Ă  personne », souligne Elise Rouard.

Lùcheté collective

Puis la rĂ©alisatrice cherche des responsabilitĂ©s, politiques, administratives. Le rĂ©gime de Vichy, PĂ©tain ? Sa quĂȘte tourne en rond. Sous l’Occupation, il Ă©tait difficile pour tous de se nourrir, racontent les historiens et les tĂ©moins sollicitĂ©s. Les Français se dĂ©brouillaient comme ils pouvaient, entre tickets de rationnement et marchĂ© noir. Mais ce systĂšme D s’arrĂȘtait aux portes des lieux fermĂ©s, comme les hĂŽpitaux. Pour manger une tranche de jambon ou un morceau de beurre, les malades ne pouvaient compter que sur les visites de leur famille. Beaucoup n’en recevaient plus. DĂ©laissĂ©s, nourris de soupes claires par des soignants dĂ©solĂ©s d’avoir si peu Ă  offrir, plusieurs milliers d’entre eux sont donc tout simplement morts de faim.

MalgrĂ© l’insistance de la rĂ©alisatrice Ă  identifier des coupables, il n’y a pas eu de volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e de laisser mourir les malades mentaux. Et cette vĂ©ritĂ© est presque plus difficile Ă  admettre. Ce qui remue tout au long du rĂ©cit de cette HĂ©catombe des fous va au-delĂ  de la tragĂ©die de ces malades que l’on ne pouvait pas soigner, faute de traitement, et qu’on a prĂ©fĂ©rĂ© cacher, oublier. La dĂ©monstration de cette « lĂąchetĂ© collective », sans doute la plus grande rĂ©ussite du film, interroge en Ă©cho nos regards sur les « fous » d’aujourd’hui.

(1) L’HĂ©catombe des fous, d’Isabelle von Bueltzingsloewen, Flammarion, 2009.

Par Marie-JoĂ«lle Gros /TĂ©lĂ©rama 2018


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