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Portrait de Mustapha Bouchachi , oĂč le combat pugnace d’un homme du droit

La RĂ©daction
Il est une des voix, pour ne pas dire la “voix”, du mouvement populaire qui depuis le vendredi 22 fĂ©vrier, accule, en marchant pacifiquement chaque vendredi, le rĂ©gime dans ses derniers retranchements. Lui, c’est Mustapha Bouchachi. Le consensus assez large autour de son nom ne tombe pas du ciel. Il est le fruit d’un long et pugnace combat
Fils de chahid - la seule et marquante image de son pĂšre qui est restĂ©e Ă  l’enfant qu’il Ă©tait est celle d’un homme blessĂ© Ă  la main quelques mois avant sa mort au combat -, Mustapha Bouchachi avait, selon la norme en cours du rĂ©gime, toutes les qualitĂ©s pour faire partie de la famille dite “rĂ©volutionnaire” acquise au rĂ©gime.

Mais cet homme, profondĂ©ment marquĂ© par le combat des libĂ©rateurs, en tire un autre enseignement que celui de la posture de l’hĂ©ritier ou du tuteur. Celui d’une demande de justice profondĂ©ment ancrĂ©e chez une population marquĂ©e par la “hogra”, ce mot spĂ©cifique oĂč l’injustice s’accompagne du mĂ©pris.

Le fils de chahid ne sera pas membre de la “petite famille” du rĂ©gime. Arabophone, il n’est pas non plus dans la tendance des Ă©lites  qui marchandent sur les “constantes” et s’alignent sur le rĂ©gime ou dĂ©rivent vers l’islamisme. Et il est encore plus loin de ces intellectuels francophones qui se sont mis Ă  pourfendre avec violence et mĂ©pris, un peuple de “gueux” aprĂšs les Ă©lections lĂ©gislatives du 26 dĂ©cembre 1991 qui ont donnĂ© la victoire au FIS.

Ces insultes contre le peuple qui font durablement florĂšs chez des Ă©lites marquĂ©es par le prĂ©sumĂ© “mauvais vote” des AlgĂ©riens le rebutent. Le peuple, lui, il le respecte. ProfondĂ©ment. Par hĂ©ritage, bien sur. Mais aussi parce qu’il est un homme du droit. Un homme qui aime le droit. Et qui ne doute pas que le seul souverain digne de ce nom dans un pays est le peuple.

Un atypique face Ă  l’horreur judiciaire

Ce jijelien, dĂ©cidĂ©ment atypique nĂ© en 1954, l’annĂ©e de la rĂ©volution, a fait ses premiĂšres Ă©tudes Ă  Tizi Ouzou avant de faire son droit Ă  Alger, puis un magister Ă  Southampton, va ĂȘtre un des avocats les plus en vue durant la terrible dĂ©cennie noire, celle oĂč les droits Ă©lĂ©mentaires de la dĂ©fense ont Ă©tĂ© annihilĂ©s par des mesures d’exception. Les annĂ©es des “cours spĂ©ciales” oĂč des juges refusent d’ordonner des expertises mĂ©dicales Ă  des prĂ©venus visiblement mal en point.

On l’accusera d’ĂȘtre un “avocat du FIS”, il s’en moquera, ceux qui le connaissent aussi. Il n’est pas un islamiste, il est un homme du droit. Et il ne supporte pas la torture, celle qu’il voit chez des accusĂ©s dont il assure la dĂ©fense. Des accusĂ©s Ă  qui l’on met systĂ©matiquement “el koffa”, le couffin, selon la formule en usage parmi les avocats qui “ouvrent leurs gueules”, comme Ali Yahia, Tahri… et d’autres que l’on affuble du label “d’avocats des islamistes”. Le “couffin”, c’est l’horreur judiciaire, c’est toutes les accusations possibles prĂ©vues dans le code pĂ©nal que l’on colle aux prĂ©venus.

Bouchachi est un homme qui parle posĂ©ment, avec calme, sur un ton professoral. Il lui est pourtant arrivĂ© durant ces annĂ©es terribles de sortir de ses gonds face Ă  un juge qui fait de l’excĂšs de zĂšle pour rappeler les droits de la dĂ©fense, pour rappeler les dispositions de la Constitution. Ces moments de face Ă  face durs et Ăąpres marqueront l’histoire, non encore Ă©crite du systĂšme judiciaire algĂ©rien.

De la “destruction des consciences”

Durant ces dures annĂ©es 90, il fait partie des militants dĂ©criĂ©s dans la presse acquise au rĂ©gime, de ces militants qui ne se sont pas rĂ©signĂ©s Ă  la fatalitĂ© de la dĂ©rive, qui estiment qu’ils n’ont pas Ă  choisir de “camp” car leur camp naturel est celui du droit et des libertĂ©s.

De ces annĂ©es terribles avec les disparitions forcĂ©es, le carnage de Serkadji et les violations systĂ©matiques des droits de l’homme, l’avocat en sort encore plus convaincu de la nĂ©cessitĂ© d’un changement radical. Et de ce changement, iln’exclut pas sa propre profession, les avocats,qui n’ont bougĂ© que quand une loi rĂ©gissant la profession d’avocat a Ă©tĂ© soumise au parlement en 2012.

“Dans cette profession, au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, on ne s’est pas insurgĂ© quand des affaires de tortures ont Ă©tĂ© posĂ©es, quand des citoyens ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans des prisons, quand les tribunaux spĂ©ciaux ont Ă©tĂ© mis en place. Durant toute cette pĂ©riode, cette profession a Ă©tĂ© absente mais elle s’est subitement manifestĂ©e quand a Ă©tĂ© soumise la loi rĂ©gissant la profession d’avocat” dĂ©clare-t-il dans un entretien Ă  la Nation. “Soyons clairs, les revendications des avocats sont lĂ©gitimes mais leur acceptation de la situation qui a prĂ©value, leur acceptation de se transformer en pur dĂ©cor, sont des indices de situation de destruction des consciences.”

AprĂšs les annĂ©es 90, les annĂ©es “Bouteflika”, le combat au sein de la Ligue AlgĂ©rienne de dĂ©fense des droits de l’homme (LADDH) dont il deviendra le prĂ©sident entre 2007 – 2012. Avec une certain dĂ©prime pour l’Ă©tat d’apathie rĂ©gnant dans le pays, lui qui continue de croire que le changement est possible, si les “Ă©lites sortent de leur silence.”

Le fruit d’un combat

Cette dĂ©mission des Ă©lites, il ne la supporte pas. “Quand le prĂ©sident dĂ©cide quatre mois avec l’Ă©lection de changer la constitution sans que les enseignants universitaires, les professeurs de droit et de sciences politiques, ne bougent pour dire que cela ne se fait pas, cela nous donne une idĂ©e de l’Ă©tat de dĂ©mission collective de la classe instruite dans ce pays. (La Nation, 7 fĂ©vrier 2012)

Bouchachi s’impliquera dans les Ă©bauches de manifestations qui ont lieu, place du 1er mai, dans le contexte du “printemps arabe” en 2011. Il se rend compte rapidement que les conditions subjectives ne sont pas rĂ©unies, que les divisions des annĂ©es 90 marquent encore les esprits.

Au risque de susciter l’incomprĂ©hension de ses amis, il accepte d’ĂȘtre candidat Ă  l’APN sous l’Ă©tiquette du FFS en 2012. Élu, il va rapidement se rendre compte que l’objectif qu’il s’est donnĂ© de susciter au moins des dĂ©bats au sein de l’assemblĂ©e est impossible.

Il dĂ©missionne en mars 2014 en se dĂ©clarant choquĂ© “par le mode de fonctionnement de cette institution qui lĂ©gifĂšre au nom du peuple”. Cette dĂ©mission lui vaut un surcroĂźt de popularitĂ©. Mustapha Bouchachi, dont le cabinet se trouve rue Didouche, est constamment saluĂ© par les gens qui lui tĂ©moignent de leur respect.

Cinq ans plus tard, il est une des voix les plus consensuelles du mouvement populaire. Ce n’est pas un hasard, c’est le fruit d’un combat, d’un long combat.

Par Malik Tahir

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