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Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege son discours engagé pour le Congo !

La RĂ©daction


Discours fort, Ă©mouvant de Denis Mukwege qui braque des projecteurs sur la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo en dĂ©nonçant l’impĂ©ritie du rĂ©gime d'Alias Joseph Kabila Kanambe Kazembere Mtwale et l'hypocrisie de la communautĂ© internationale qui s'est toujours de voir les crimes au Congo. Le gynĂ©cologue fait un rĂ©quisitoire sĂ©vĂšre contre les gouvernants congolais, complices des violences sexuelles.
Oslo, 10 décembre, Nadia Murad et Denis Mukwege, lauréats du Prix Nobel de la Paix 2018

Discours fort, Ă©mouvant de Denis Mukwege qui braque des projecteurs sur la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo en dĂ©nonçant l’impĂ©ritie du rĂ©gime d'Alias Joseph Kabila Kanambe Kazembere Mtwale et l'hypocrisie de la communautĂ© internationale qui s'est toujours de voir les crimes au Congo. Le gynĂ©cologue fait un rĂ©quisitoire sĂ©vĂšre contre les gouvernants congolais, complices des violences sexuelles. Mukwege appelle Ă  l’application du principe de responsabilitĂ© de protĂ©ger et Ă  la relance Rapport Mapping de 2010 et ses recommandations.

C'est sous l’initiative du RĂ©vĂ©rend-Pasteur Jean-Ruhigita Ndagora, qui assuma pendant 32 ans le rĂŽle de ReprĂ©sentant lĂ©gal et PrĂ©sident de la 8 Ăšme CommunautĂ© des Eglises de PentecĂŽte en Afrique Centrale « 8Ăšme CEPAC », jadis CommunautĂ© des Eglises de PentecĂŽte au ZaĂŻre «CEPZA » qui fera agrandir le dispensaire de Lemera en hĂŽpital de Panzi, transfĂ©rĂ© Ă  Bukavu. Cet hĂŽpital deviendra cĂ©lĂšbre par la dextĂ©ritĂ© du gynĂ©cologue Denis Mukwege qui va y soigner des femmes victimes de viol Ă  l'Est de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo. Le chemin a Ă©tĂ© long certes, mais dĂ©diĂ© son Prix Nobel aux populations congolaises, Denis Mukwege montre son attachement pour le Congo. Il fait la fiertĂ© de tous les Congolais avec ce prix !

Voici l'intégralité du discours de Denis Mukwege à Oslo:

Dans la nuit tragique du 6 octobre 1996, des rebelles ont attaqué notre hÎpital à Lemera, en République Démocratique du Congo (RDC). Plus de trente personnes tuées. Les patients abattus dans leur lit à bout portant. Le personnel ne pouvant pas fuir tué de sang-froid.

Je ne pouvais pas m’imaginer que ce n’Ă©tait que le dĂ©but.

ObligĂ©s de quitter Lemera, en 1999 nous avons crĂ©Ă© l’hĂŽpital de Panzi Ă  Bukavu oĂč je travaille encore aujourd’hui comme gynĂ©cologue-obstĂ©tricien.

La premiÚre patiente admise était une victime de viol ayant reçu un coup de feu dans ses organes génitaux.

La violence macabre ne connaissait aucune limite. Cette violence malheureusement ne s’est jamais arrĂȘtĂ©e.

Un jour comme les autres, l’hĂŽpital a reçu un appel. Au bout du fil, un collĂšgue en larmes implorait : « S’il vous plaĂźt, envoyez-nous rapidement une ambulance. S’il vous plait, dĂ©pĂȘchez-vous. » Ainsi, nous avons envoyĂ© une ambulance comme nous le faisons habituellement.

Deux heures plus tard, l’ambulance est revenue. A l’intĂ©rieur une petite fille de tout juste dix-huit mois. Elle saignait abondamment et a Ă©tĂ© immĂ©diatement emmenĂ©e en salle d’opĂ©ration.

Quand je suis arrivĂ©, les infirmiĂšres Ă©taient toutes en larmes. La vessie du nourrisson, son appareil gĂ©nital, son rectum Ă©taient gravement endommagĂ©s. Par la pĂ©nĂ©tration d’un adulte.

Nous prions en silence : mon Dieu, dites-nous que ce que nous voyons n’est pas vrai.

Dites-nous que c’est un mauvais rĂȘve.

Dites-nous qu’au rĂ©veil tout ira bien.

Mais, ce n’Ă©tait pas un mauvais rĂȘve.

C’Ă©tait la rĂ©alitĂ©.

C’est devenu notre nouvelle rĂ©alitĂ© en RDC.

Quand un autre bĂ©bĂ© est arrivĂ©, j’ai rĂ©alisĂ© que ce problĂšme ne pouvait pas trouver une solution au bloc opĂ©ratoire, mais qu’il fallait se battre contre les causes profondes de ces atrocitĂ©s.

Je me suis rendu au village de Kavumu pour parler avec les hommes : pourquoi vous ne protĂ©gez pas vos bĂ©bĂ©s, vos filles et vos femmes ? OĂč sont les autoritĂ©s ?

À ma grande surprise, les villageois connaissaient le suspect. Tout le monde avait peur de lui, car il Ă©tait membre du Parlement provincial et jouissait d’un pouvoir absolu sur la population.

Depuis plusieurs mois sa milice terrorisait le village entier. Elle avait instillĂ© la peur en tuant un dĂ©fenseur des droits humains qui avait eu le courage de dĂ©noncer les faits. Le dĂ©putĂ© s’en est tirĂ© sans consĂ©quences. Son immunitĂ© parlementaire lui permettait d’abuser en toute impunitĂ©.

Ces deux bĂ©bĂ©s ont Ă©tĂ© suivis de dizaines d’autres enfants violĂ©s.

Lorsque la quarante-huitiÚme victime est arrivée, nous étions désespérés.

Avec d’autres dĂ©fenseurs des droits humains, nous avons saisi un tribunal militaire. Finalement, ces viols ont Ă©tĂ© poursuivis et jugĂ©s comme crimes contre l’humanitĂ©. Les viols des bĂ©bĂ©s Ă  Kavumu ont cessĂ©.

Les appels Ă  l’hĂŽpital de Panzi aussi. Mais l’avenir psychologique, sexuel et gĂ©nĂ©sique de ces bĂ©bĂ©s est hypothĂ©quĂ©.

Ce qui s’est passĂ© Ă  Kavumu et qui continue aujourd’hui dans de nombreux autres endroits au Congo, tels que les viols et les massacres Ă  BĂ©ni et au KasaĂŻ, a Ă©tĂ© rendu possible par l’absence d’un État de droit, l’effondrement des valeurs traditionnelles et le rĂšgne de l’impunitĂ©, en particulier pour les personnes au pouvoir.

Le viol, les massacres, la torture, l’insĂ©curitĂ© diffuse et le manque flagrant d’Ă©ducation, crĂ©ent une spirale de violence sans prĂ©cĂ©dent.

Le bilan humain de ce chaos pervers et organisĂ© a Ă©tĂ© des centaines de milliers de femmes violĂ©es, plus de 4 millions de personnes dĂ©placĂ©es Ă  l’intĂ©rieur du pays et la perte de 6 millions de vies humaines. Imaginez, l’Ă©quivalent de toute la population du Danemark dĂ©cimĂ©e.

Les gardiens de la paix et les experts des Nations Unies n’ont pas Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©s. Plusieurs ont trouvĂ© la mort dans l’accomplissement de leur mandat. La Mission des Nations Unies en RDC reste prĂ©sente jusqu’Ă  ce jour afin que la situation ne dĂ©gĂ©nĂšre pas davantage. Nous leur en sommes reconnaissants.

Cependant, malgrĂ© leurs efforts, cette tragĂ©die humaine se poursuit sans que tous les responsables ne soient poursuivis. Seule la lutte contre l’impunitĂ© peut briser la spirale des violences.

Nous avons tous le pouvoir de changer le cours de l’Histoire lorsque les convictions pour lesquelles nous nous battons sont justes.

Vos Majestés, Vos Altesses Royales, Excellences, Distingués membres du Comité Nobel, ChÚre Madame Nadia Murad, Mesdames et Messieurs, Amis de la paix,

C’est au nom du peuple congolais que j’accepte le prix Nobel de la Paix. C’est Ă  toutes les victimes de violences sexuelles Ă  travers le monde que je dĂ©die ce prix.

C’est avec humilitĂ© que je me prĂ©sente Ă  vous portant haut la voix des victimes des violences sexuelles dans les conflits armĂ©s et les espoirs de mes compatriotes.

Je saisis cette occasion pour remercier tous ceux qui pendant ces années ont soutenu notre combat. Je pense, en particulier, aux organisations et institutions des pays amis, à mes collÚgues, à ma famille et à ma chÚre épouse, Madeleine.

Je m’appelle Denis Mukwege. Je viens d’un des pays les plus riches de la planĂšte. Pourtant, le peuple de mon pays est parmi les plus pauvres du monde.

La rĂ©alitĂ© troublante est que l’abondance de nos ressources naturelles – or, coltan, cobalt et autres minerais stratĂ©giques – alimente la guerre, source de la violence extrĂȘme et de la pauvretĂ© abjecte au Congo.

Nous aimons les belles voitures, les bijoux et les gadgets. J’ai moi-mĂȘme un smartphone. Ces objets contiennent des minerais qu’on trouve chez nous. Souvent extraits dans des conditions inhumaines par de jeunes enfants, victimes d’intimidation et de violences sexuelles.

En conduisant votre voiture électrique, en utilisant votre smartphone ou en admirant vos bijoux, réfléchissez un instant au coût humain de la fabrication de ces objets.

En tant que consommateurs, le moins que l’on puisse faire est d’insister pour que ces produits soient fabriquĂ©s dans le respect de la dignitĂ© humaine.

Fermer les yeux devant ce drame, c’est ĂȘtre complice.

Ce ne sont pas seulement les auteurs de violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard.

Mon pays est systĂ©matiquement pillĂ© avec la complicitĂ© des gens qui prĂ©tendent ĂȘtre nos dirigeants. PillĂ© pour leur pouvoir, leur richesse et leur gloire. PillĂ© aux dĂ©pens de millions d’hommes, de femmes et d’enfants innocents abandonnĂ©s dans une misĂšre extrĂȘme… tandis que les bĂ©nĂ©fices de nos minerais finissent sur les comptes opaques d’une oligarchie prĂ©datrice.

Cela fait vingt ans, jour aprĂšs jour, qu’Ă  l’hĂŽpital de Panzi, je vois les consĂ©quences dĂ©chirantes de la mauvaise gouvernance du pays.

Bébés, filles, jeunes femmes, mÚres, grands-mÚres, et aussi les hommes et les garçons, violés de façon cruelle, souvent en public et en collectif, en insérant du plastique brûlant ou en introduisant des objets contondants dans leurs parties génitales.

Je vous épargne les détails.

Le peuple congolais est humilié, maltraité et massacré depuis plus de deux décennies au vu et au su de la communauté internationale.

Aujourd’hui, grĂące aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, plus personne ne peut dire : je ne savais pas.

Avec ce prix Nobel de la Paix, j’appelle le monde Ă  ĂȘtre tĂ©moin et je vous exhorte Ă  vous joindre Ă  nous pour mettre fin Ă  cette souffrance qui fait honte Ă  notre humanitĂ© commune.

Les habitants de mon pays ont désespérément besoin de la paix.

Mais :

Comment construire la paix sur des fosses communes ?

Comment construire la paix sans vérité ni réconciliation ?

Comment construire la paix sans justice ni réparation ?

Au moment mĂȘme oĂč je vous parle, un rapport est en train de moisir dans le tiroir d’un bureau Ă  New York. Il a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© Ă  l’issue d’une enquĂȘte professionnelle et rigoureuse sur les crimes de guerre et les violations des droits humains perpĂ©trĂ©s au Congo. Cette enquĂȘte nomme explicitement des victimes, des lieux, des dates mais Ă©lude les auteurs.

Ce Rapport du Projet Mapping Ă©tabli par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits Humains, dĂ©crit pas moins de 617 crimes de guerre et crimes contre l’humanitĂ© et peut-ĂȘtre mĂȘme des crimes de gĂ©nocide.

Qu’attend le monde pour qu’il soit pris en compte ? Il n’y a pas de paix durable sans justice. Or, la justice ne se nĂ©gocie pas.

Ayons le courage de jeter un regard critique et impartial sur les événements qui sévissent depuis trop longtemps dans la région des Grands Lacs.

Ayons le courage de rĂ©vĂ©ler les noms des auteurs des crimes contre l’humanitĂ© pour Ă©viter qu’ils continuent d’endeuiller cette rĂ©gion. Ayons le courage de reconnaĂźtre nos erreurs du passĂ©.

Ayons le courage de dire la vĂ©ritĂ© et d’effectuer le travail de mĂ©moire.

Chers compatriotes congolais, ayons le courage de prendre notre destin en main. Construisons la paix, construisons l’avenir de notre pays, ensemble construisons un meilleur avenir pour l’Afrique. Personne ne le fera Ă  notre place.

Mesdames et Messieurs, Amis de la paix,

Le tableau que je vous ai brossĂ© offre une rĂ©alitĂ© sinistre. Mais permettez-moi de vous raconter l’histoire de Sarah.

Sarah nous a Ă©tĂ© rĂ©fĂ©rĂ©e Ă  l’hĂŽpital dans un Ă©tat critique. Son village avait Ă©tĂ© attaquĂ© par un groupe armĂ© qui avait massacrĂ© toute sa famille, la laissant seule.

Prise en otage, elle a Ă©tĂ© emmenĂ©e dans la forĂȘt. AttachĂ©e Ă  un arbre. Nue. Tous les jours, Sarah subissait des viols collectifs jusqu’Ă  ce qu’elle perde connaissance.

Le but de ces viols utilisés comme armes de guerre étant de détruire Sarah, sa famille et sa communauté. Bref détruire le tissu social.

À son arrivĂ©e Ă  l’hĂŽpital, Sarah ne pouvait ni marcher ni mĂȘme tenir debout. Elle ne pouvait pas retenir ni ses urines ni ses selles.

A cause de la gravitĂ© de ses blessures gĂ©nito-urinaires et digestives couplĂ©es Ă  une infection surajoutĂ©e, personne ne pouvait imaginer qu’elle serait un jour en mesure de se remettre sur ses pieds.

Pourtant, chaque jour qui passait, le dĂ©sir de continuer Ă  vivre brillait dans les yeux de Sarah. Chaque jour qui passait, c’Ă©tait elle qui encourageait le personnel soignant Ă  ne pas perdre espoir. Chaque jour qui passait, Sarah se battait pour sa survie.

Aujourd’hui, Sarah est une belle femme, souriante, forte et charmante.

Sarah s’est engagĂ©e Ă  aider les personnes ayant survĂ©cu Ă  une histoire semblable Ă  la sienne.

Sarah a reçu cinquante dollars américains, une allocation que notre maison de transit Dorcas accorde aux femmes souhaitant reconstruire leur vie sur le plan socioéconomique.

Aujourd’hui, Sarah dirige sa petite entreprise. Elle a achetĂ© un terrain. La Fondation Panzi l‘a aidĂ©e avec des tĂŽles pour faire un toit. Elle a pu construire une maison. Elle est autonome et fiĂšre.

Son histoire montre que mĂȘme si une situation est difficile et semble dĂ©sespĂ©rĂ©e, avec la dĂ©termination, il y a toujours de l’espoir au bout du tunnel.

Si une femme comme Sarah n’abandonne pas, qui sommes-nous pour le faire ?

Ceci est l’histoire de Sarah. Sarah est Congolaise. Mais il y a des Sarah en RĂ©publique Centrafricaine, en Colombie, en Bosnie, au Myanmar, en Iraq et dans bien d’autres pays en conflit dans le monde.

A Panzi, notre programme de soins holistiques, qui comprend un soutien mĂ©dical, psychologique, socioĂ©conomique et juridique, montre que, mĂȘme si la route vers la guĂ©rison est longue et difficile, les victimes ont le potentiel de transformer leur souffrance en pouvoir.

Elles peuvent devenir des actrices de changement positif dans la sociĂ©tĂ©. C’est le cas dĂ©jĂ  Ă  la CitĂ© de la Joie, notre centre de rĂ©habilitation Ă  Bukavu oĂč les femmes sont aidĂ©es pour reprendre leur destin en main.

Cependant, elles ne peuvent pas y arriver seules et notre rĂŽle est de les Ă©couter, comme nous Ă©coutons aujourd’hui Madame Nadia Murad.

ChĂšre Nadia, votre courage, votre audace, votre capacitĂ© Ă  nous donner espoir, sont une source d’inspiration pour le monde entier et pour moi personnellement.

Le prix Nobel de la Paix qui nous est dĂ©cernĂ© aujourd’hui n’aura de valeur rĂ©elle que s’il peut changer concrĂštement la vie des victimes de violences sexuelles de par le monde et contribuer Ă  ramener la paix dans nos pays.

Alors, que pouvons-nous faire ?

Que pouvez-vous faire ?

PremiĂšrement, c’est notre responsabilitĂ© Ă  tous d’agir dans ce sens.

Agir c’est un choix.

C’est un choix :

– d’arrĂȘter ou non la violence Ă  l’Ă©gard des femmes,

– de crĂ©er ou non une masculinitĂ© positive qui promeut l’Ă©galitĂ© des sexes, en temps de paix comme en temps de guerre.

C’est un choix :

– de soutenir ou non une femme,

– de la protĂ©ger ou non,

– de dĂ©fendre ou non ses droits,

– de se battre ou non Ă  ses cĂŽtĂ©s dans les pays ravagĂ©s par le conflit.

C’est un choix : de construire ou non la paix dans les pays en conflits.

Agir, c’est refuser l’indiffĂ©rence.

S’il faut faire la guerre, c’est la guerre contre l’indiffĂ©rence qui ronge nos sociĂ©tĂ©s.

DeuxiĂšmement, nous sommes tous redevables vis-Ă -vis de ces femmes et de leurs proches et nous devons tous nous approprier ce combat ; y compris les États qui doivent cesser d’accueillir les dirigeants qui ont tolĂ©rĂ©, ou pire, utilisĂ© la violence sexuelle pour accĂ©der au pouvoir.

Les États doivent cesser de les accueillir avec le tapis rouge et plutĂŽt tracer une ligne rouge contre l’utilisation du viol comme arme de guerre.

Une ligne rouge qui serait synonyme de sanctions Ă©conomiques, politiques et de poursuites judiciaires.

Poser un acte juste n’est pas difficile. C’est une question de volontĂ© politique.

TroisiÚmement, nous devons reconnaßtre les souffrances des survivantes de toutes les violences faites aux femmes dans les conflits armés et les soutenir de façon holistique dans leur processus de guérison.

J’insiste sur les rĂ©parations ; ces mesures qui leur donnent compensation et satisfaction et leur permettent de commencer une nouvelle vie. C’est un droit humain.

J’appelle les États Ă  soutenir l’initiative de la crĂ©ation d’un Fonds global de rĂ©paration pour les victimes de violences sexuelles dans les conflits armĂ©s.

QuatriĂšmement, au nom de toutes les veuves, tous les veufs et des orphelins des massacres commis en RDC et de tous les Congolais Ă©pris de paix, j’appelle la communautĂ© internationale Ă  enfin considĂ©rer le Rapport du Projet « Mapping » et ses recommandations.

Que le droit soit dit.

Cela permettrait au peuple congolais d’enfin pleurer ses morts, faire son deuil, pardonner ses bourreaux, dĂ©passer sa souffrance et se projeter sereinement dans le futur.

Finalement, aprĂšs vingt ans d’effusion de sang, de viols et de dĂ©placements massifs de population, le peuple congolais attend dĂ©sespĂ©rĂ©ment l’application de la responsabilitĂ© de protĂ©ger les populations civiles lorsque leur gouvernement ne peut ou ne veut pas le faire. Il attend d’explorer le chemin d’une paix durable.

Cette paix passe par le principe d’Ă©lections libres, transparentes, crĂ©dibles et apaisĂ©es.

« Au travail, peuple congolais ! » BĂątissons un État oĂč le gouvernement est au service de sa population. Un État de droit, Ă©mergent, capable d’entraĂźner un dĂ©veloppement durable et harmonieux, non seulement en RDC mais dans toute l’Afrique. BĂątissons un État oĂč toutes les actions politiques, Ă©conomiques et sociales sont centrĂ©es sur l’humain et oĂč la dignitĂ© des citoyens est restaurĂ©e.

Vos Majestés, Distingués membres du Comité Nobel, Mesdames et Messieurs, Amis de la paix,

Le défi est clair. Il est à notre portée.

Pour les Sarah, pour les femmes, les hommes et les enfants du Congo, je vous lance un appel urgent de ne pas seulement nous remettre le Prix Nobel de la Paix mais de vous mettre debout et de dire ensemble et Ă  haute voix : « La violence en RDC, c’est assez ! Trop c’est trop ! La paix maintenant ! » Je vous remercie.

Denis Mukwege

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