Le marché immobilier chinois traverse une crise profonde et persistante, marquée par des chantiers abandonnés, une surabondance de logements vacants et une chute continue des prix. Dans plusieurs régions, des projets inachevés ou désertés illustrent l’ampleur du déséquilibre, avec des dizaines de « villes fantômes » et des millions de logements inoccupés.
Ce secteur, qui représentait plus d’un quart du PIB, s’est enfoncé dans la crise depuis 2021, après l’effondrement du géant Evergrande, suivi par de nombreux autres promoteurs. Malgré quelques tentatives de restructuration, les ventes immobilières continuent de reculer fortement et les prix ont parfois chuté de plus de 30 % en un an. Les perspectives restent négatives, avec une nouvelle baisse attendue dans les années à venir.
Cette situation pèse lourdement sur les ménages, dont une grande partie du patrimoine repose sur l’immobilier. La dévalorisation des biens réduit leur richesse, certains se retrouvant même avec des logements valant moins que leur crédit. Cette perte de confiance entraîne une baisse de la consommation et un repli vers l’épargne, freinant davantage la croissance.
Les collectivités locales sont également touchées, leurs finances dépendant en partie de la vente de terrains. Certaines rencontrent aujourd’hui des difficultés budgétaires, allant jusqu’à retarder le paiement des salaires.
Face à cette crise, les autorités chinoises privilégient des ajustements progressifs plutôt qu’un plan massif de relance. Elles soutiennent certains promoteurs, assouplissent les conditions de crédit et encouragent la rénovation urbaine, tout en évitant une intervention trop brutale. En parallèle, l’information sur l’état du marché est de plus en plus encadrée.
Sans redressement du secteur immobilier, la Chine pourrait peiner à relancer sa demande intérieure et à atteindre ses objectifs de croissance, malgré ses investissements dans les industries technologiques.
Pour y aller lus loin :
Début des difficultés
La construction de plus de logements que nécessaire conduit à la construction de « villes fantômes » à certains endroits. La hausse très importante des prix faisait craindre à plusieurs analystes une bulle immobilière au cours de la décennie 2010.
Crise depuis 2020
Devant l'endettement important des promoteurs, le gouvernement limite l'accès au crédit en 2020. Trois règles, surnommées « trois lignes rouges », sont mises en place : le passif des entreprises ne doit pas excéder 70 % de leur actif, la dette nette ne doit pas dépasser les fonds propres, la trésorerie doit être au moins égale aux emprunts à court terme. Ceci ainsi que les restrictions liées à la pandémie de Covid-19 ont déclenché une crise immobilière.
2020 : chute d'Evergrande
Le géant Evergrande Group est en difficulté à partir de septembre 2020.
Le marché immobilier se caractérise par des prix élevés, un endettement trop important des promoteurs et le fait que l'immobilier est vu avant tout comme un investissement plutôt que comme un logement pour les ménages, ce qui explique qu'une part importante de la richesse s'y dirige.
En décembre 2022, les banques acceptent de prêter au moins 1 280 milliards de yuans pour soutenir les promoteurs.
Le montant total des ventes de logement a diminué de 25 % en 2022.
Le 17 août 2023, Evergrande se déclare en faillite aux États-Unis via la procédure du Chapitre 15 du code des États-Unis (en) après avoir annoncé 113 milliards de dollars de pertes en 2021 et 2022 le mois précédent.
2023 : Chute de Country Garden
En août 2023, c'est au tour du promoteur Country Garden de se retrouver dans l'impossibilité de rembourser certaines de ses dettes, faisant chuter son action de plus de 16 % à la bourse de Hong Kong. Son endettement est alors supérieur à 150 milliards d'euros, après une perte record de 6 milliards d'euros en 2022, alors qu'il était cette année-là le plus gros vendeur de biens immobiliers en Chine et employait plus de 20 000 personnes à temps plein.
- Le Figaro
- (en) Lesley Stahl, « China's real estate bubble [archive] », sur cbsnews.com, .
- (en) « What China’s Three Red Lines Mean for Property Firms [archive] », sur washingtonpost.com, .
- (en) « Only a revived economy can save China’s property industry [archive] », sur economist.com, .
- Simon Leplâtre, « La Chine injecte 174 milliards d’euros pour sauver le secteur immobilier [archive] », sur lemonde.fr, .
- Dominique Baillard, « La Chine attendra pour épancher sa soif de domination mondiale [archive] », sur rfi.fr, .
- AFP, « Le géant de l’immobilier chinois Evergrande fait faillite aux États-Unis [archive] », sur lemonde.fr, .
- (en) « Il était lourdement endetté aux États-Unis : Le géant immobilier chinois Evergrande se déclare en faillite [archive] », sur El watan (consulté le )
- « Chine : le promoteur Country Garden s'effondre en Bourse accentuant la crise de l'immobilier [archive] », sur La Tribune, 2023-08-14cest08:03:00+0200 (consulté le )
- « Le géant chinois de l’immobilier Country Garden dévisse en Bourse [archive] », sur LEFIGARO, (consulté le )
- « Le sort du géant de l'immobilier Country Garden fait trembler la Chine [archive] », sur Les Échos, (consulté le )
