Green Book : Sur les routes du Sud est un vĂ©ritable petit bijou d’humanitĂ©, une Ćuvre dĂ©licate qui raconte l’improbable rencontre entre deux hommes que tout oppose… et que tout finira pourtant par rapprocher.
Nous sommes en 1962, dans une AmĂ©rique encore profondĂ©ment marquĂ©e par la sĂ©grĂ©gation raciale. Un monde oĂč le racisme n’est pas seulement prĂ©sent, mais acceptĂ©, presque banal, intĂ©grĂ© dans les mentalitĂ©s comme une norme silencieuse. Et c’est prĂ©cisĂ©ment dans ce contexte dur, presque irrĂ©el aujourd’hui, que va naĂźtre une relation aussi inattendue que bouleversante.
D’un cĂŽtĂ©, il y a Don Shirley, un artiste brillant, cultivĂ©, raffinĂ© jusqu’Ă l’excĂšs. Un homme enfermĂ© dans une certaine rigiditĂ©, dans une image qu’il doit constamment maintenir pour exister dans une sociĂ©tĂ© qui ne lui laisse que peu de place.
De l’autre, Tony Lip, un homme simple, brut, chaleureux mais aussi plein de prĂ©jugĂ©s, façonnĂ© par son milieu et ses certitudes.
Entre eux, rien ne semble possible. Et pourtant…
C’est dans l’habitacle d’une voiture, sur les longues routes du Sud, que tout va se jouer. Un espace clos, presque hors du monde, oĂč les diffĂ©rences vont peu Ă peu s’effriter. L’un conduit, souvent avec une dĂ©sinvolture presque comique, l’autre observe, digne, silencieux, installĂ© Ă l’arriĂšre, comme protĂ©gĂ© par ses habitudes et son Ă©lĂ©gance.
Une image presque surrĂ©aliste… et pourtant profondĂ©ment symbolique.
Au fil du voyage, les échanges fusent. Ils sont drÎles, sincÚres, parfois piquants. Mais surtout, ils sont révélateurs. Car derriÚre les plaisanteries et les maladresses, ce sont des barriÚres invisibles qui tombent lentement. Les idées reçues vacillent, les certitudes se fissurent.
Et puis il y a cette rĂ©alitĂ© brutale : celle du Green Book, ce guide qui indiquait aux Noirs les lieux oĂč ils pouvaient ĂȘtre acceptĂ©s. Une absurditĂ© glaçante, qui rappelle Ă chaque instant la violence d’un systĂšme profondĂ©ment injuste.
Chaque Ă©tape du voyage devient alors une Ă©preuve. Manger, dormir, se produire sur scĂšne… autant d’actes simples qui se transforment en humiliations pour Don Shirley. Et Tony, tĂ©moin de cette injustice, voit peu Ă peu son regard changer.
Le film pose alors une question essentielle, presque dérangeante :
qui est réellement prisonnier de sa condition ? Qui est le plus libre ? Qui est le plus enfermé ?
Dans cette confrontation silencieuse, chacun se dĂ©couvre Ă travers l’autre. Les masques tombent, les vĂ©ritĂ©s Ă©mergent. Et ce qui n’Ă©tait au dĂ©part qu’une collaboration professionnelle devient une vĂ©ritable rencontre humaine.
PortĂ© par les performances exceptionnelles de Mahershala Ali et Viggo Mortensen, et rĂ©alisĂ© avec finesse par Peter Farrelly, le film Ă©vite le piĂšge de la simplicitĂ©. Il prĂ©fĂšre la nuance, l’Ă©motion contenue, la transformation progressive.
Au final, Green Book est bien plus qu’un film sur le racisme. C’est une histoire de regards qui changent, de murs qui tombent, de dignitĂ© retrouvĂ©e.
Un film intelligent, touchant, profondĂ©ment humain… et surtout, une magnifique leçon de tolĂ©rance.
Les points forts
Le film sĂ©duit d’abord par son duo d’acteurs exceptionnel : Mahershala Ali et Viggo Mortensen offrent une alchimie remarquable, oscillant entre humour et Ă©motion. Leur relation Ă©volue progressivement, donnant au film une dimension profondĂ©ment humaine.
L’Ćuvre fonctionne aussi grĂące Ă son Ă©quilibre entre comĂ©die et drame : on rit souvent, mais le racisme de l’Ă©poque reste omniprĂ©sent. Cette alternance rend le film accessible tout en abordant un sujet lourd.
Enfin, la reconstitution de l’AmĂ©rique sĂ©grĂ©gationniste des annĂ©es 1960 est convaincante : dĂ©cors, costumes et ambiance plongent le spectateur dans une Ă©poque marquĂ©e par les lois raciales.
Les limites du film
Malgré ses qualités, le film a suscité des critiques :
Il adopte surtout le point de vue de Tony Lip, ce qui donne parfois l’impression d’un rĂ©cit centrĂ© sur la transformation d’un homme blanc.
Certains reprochent un traitement trop simplifiĂ© du racisme, presque “adouci” pour le grand public.
Le scénario reste classique et parfois prévisible.
En résumé : Green Book est un film efficace, touchant et accessible, mais qui simplifie une réalité historique bien plus complexe.
Don Shirley : un pianiste hors norme
Don Shirley était un musicien afro-américain virtuose, formé à la musique classique mais contraint, à cause du racisme, de mélanger jazz et musique populaire pour réussir.
Dans les annĂ©es 1960, malgrĂ© son talent, il subit la sĂ©grĂ©gation raciale, notamment dans le Sud des Ătats-Unis, oĂč les lois dites “Jim Crow” imposaient une sĂ©paration stricte entre Blancs et Noirs.
Tony Lip : un chauffeur atypique
Tony Lip (de son vrai nom Frank Vallelonga) était un videur du Bronx, engagé comme chauffeur et garde du corps.
Le voyage va profondément transformer sa vision du monde, notamment face au racisme dont il est témoin.
đ Le “Green Book” : un vrai guide de survie
Le titre du film vient du Negro Motorist Green Book, un guide rĂ©el qui indiquait aux Afro-AmĂ©ricains les hĂŽtels, restaurants et stations-service oĂč ils pouvaient se rendre sans danger.
C’Ă©tait un outil essentiel pour voyager dans un pays oĂč refuser l’accĂšs aux Noirs Ă©tait courant.



