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Une mosquée mixtes et des Imams femmes

La RĂ©daction
Musulmanes, elles veulent ouvrir une mosquĂ©e mixte et ĂȘtre imames.
Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay ont fondĂ© les « Voix pour un islam Ă©clairĂ© » avec pour ambition de proposer une alternative « progressiste et spirituelle » Ă  leur religion.

« Bienvenue Ă  toutes et Ă  tous pour cette journĂ©e de rĂ©flexion autour de la thĂ©matique : repenser sa vie spirituelle avec l'islam. » Face Ă  l’assemblĂ©e, ce dimanche aprĂšs-midi au forum 104, deux jeunes femmes s’expriment avec une assurance franche. L’une complĂšte les phrases de l’autre et en chƓur elles dĂ©gainent les arguments quand il s’agit de rĂ©pondre aux questions. Toutes les deux enseignantes, Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay ont cofondĂ© en novembre 2018, le mouvement Voix d’un islam Ă©clairĂ© (V.I.E.) qui prĂŽne « un islam spirituel et progressiste ». Dans cette association, il est question de s’interroger sur le fond des rites musulmans, en « poussant les fidĂšles Ă  ne pas exĂ©cuter de maniĂšre passive » les traditions. Une quĂȘte de sens qui peut amener Ă  adapter certaines pratiques Ă  notre Ă©poque, ou du moins Ă  les questionner : « Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas prier pendant ses rĂšgles ? Pourquoi la priĂšre ne serait-elle pas en français ? »

L’un des objectifs de l’association est aussi de crĂ©er une mosquĂ©e – appelĂ©e SĂźmorgh, comme l’oiseau mythologique – pour accueillir les « personnes de confession musulmane qui ne se retrouveraient plus dans les lieux de culte actuels ». Ces « orphelins de mosquĂ©e », comme Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay qui prient chez elles et non plus dans les mosquĂ©es françaises, trop souvent « dominĂ©s par un conservatisme religieux », selon la note qu’elles ont publiĂ©e.
Avant d’arriver Ă  un tel engagement, le chemin des deux jeunes femmes s’est fait par Ă©tapes. ÂgĂ©es respectivement de 28 et 29 ans, Anne-Sophie Monsinay et Eva Janadin se sont converties Ă  l’islam il y a une dizaine d’annĂ©es. Pour la plus jeune, issue d’une « famille culturellement catholique », le dĂ©clic s’est fait aprĂšs une comparaison des textes de la Bible et du Coran. « J’ai trĂšs vite cĂŽtoyĂ© des associations interreligieuses. J’y ai rencontrĂ© beaucoup de monde : des rabbins, des prĂȘtres, des thĂ©ologiens, des imams. J’ai suivi des figures engagĂ©es de l’islam. » Notamment Abdennour Bidar, un philosophe et spĂ©cialiste des Ă©volutions actuelles de l’islam, trĂšs actif dans les dĂ©bats publics sur le progressisme ou encore Omero Marongiu-Perria, sociologue spĂ©cialiste de l’islam, dĂ©fenseur du libre arbitre.

« On ne peut pas rĂ©duire l’islam Ă  ce qu’on entend partout dans le cadre du terrorisme, du djihadisme ou du salafisme » – Eva Janadin.  
 Anne-Sophie Monsinay le reconnaĂźt aujourd’hui, sa conversion – mĂȘme si elle n’aime pas ce terme, qu’elle juge connotĂ© trĂšs nĂ©gativement – n’a pas Ă©tĂ© facilement acceptĂ©e par ses proches. « Je ne leur ai pas dit tout de suite. C’Ă©tait difficile pendant une pĂ©riode mais aujourd’hui, ça va mieux. Ma famille sait quel type d’islam je vis au quotidien. » Pas encore de « happy end » pour Eva Janadin. Faire comprendre sa conversion reste complexe, confie-t-elle. Pourtant, « je viens d’une famille athĂ©e et je n’ai jamais eu d’Ă©ducation religieuse particuliĂšre. Je me suis d’abord intĂ©ressĂ©e Ă  l’islam pour mes Ă©tudes. A la fac, j’ai abordĂ© l’histoire des religions, de l’islam. J’ai fait beaucoup de recherches et progressivement, j’ai senti que ça me touchait davantage que par simple curiositĂ© intellectuelle ». DĂšs lors, en devenant musulmane, aprĂšs avoir dĂ©couvert le mutazilisme (une Ă©cole de pensĂ©e rationaliste de l’islam qui allie la raison Ă  la foi ), Eva Janadin prend conscience « de la peur, de l’incomprĂ©hension et du sentiment de trahison » que peut enclencher son choix auprĂšs de son entourage. « Il y a une telle mauvaise image des musulmans que, mĂȘme quand il s’agit de quelqu’un que l’on connaĂźt depuis toujours, certaines personnes qui ont des prĂ©jugĂ©s, n’arrivent plus Ă  s’en dĂ©barrasser. »

  TrĂšs seule au dĂ©but, Eva Janadin trouve du soutien sur Internet. Elle se renseigne sur des sites, des blogs, intĂšgre des groupes sur les rĂ©seaux sociaux oĂč peu Ă  peu l’islam progressiste prend de la place. Elle intĂšgre le groupe que gĂšre Anne-Sophie Monsinay avec Abdennour Bidar et la rencontre entre les deux femmes leur donne envie de collaborer : elles animent ensemble des discussions sur Facebook et y constatent rapidement « que d’autres musulmans progressistes, plus nombreux qu’[elles] ne l’auraient imaginĂ©, ont de rĂ©elles attentes ». 

En avril 2018, les deux amies dĂ©cident alors de prendre la tempĂ©rature en dehors d’Internet et organisent une premiĂšre journĂ©e de rĂ©flexion Ă  Paris « ça a Ă©tĂ© un succĂšs ! Plus d’une centaine de personnes sont venues. On a compris que l’on proposait des idĂ©es qui n’avaient encore jamais Ă©tĂ© formulĂ©es. MĂȘme si, d’autres progressistes se sont dĂ©jĂ  beaucoup exprimĂ©s avant », se souvient Anne-Sophie Monsinay. C’est le cas notamment de Faker Korchane, ancien journaliste, aujourd’hui philosophe, proche d’Eva Janadin ou encore Malik Bezouh, intellectuel musulman qui soutient le projet et pour qui « l’islamo-progressisme, aujourd’hui, en France, est devenu une rĂ©alitĂ© incontestable ». En novembre 2018, au moment oĂč le gouvernement exprime sa volontĂ© de rĂ©former l’islam de France, les Voix pour l’Islam ÉclairĂ© (V.I.E.) voient le jour. Un « autre islam » face « aux dĂ©rives conservatrices, parfois fondamentalistes, voire obscurantistes », expliquent les deux femmes. Convaincue, Eva Janadin complĂšte : « On ne peut pas rĂ©duire l’islam Ă  ce qu’on entend partout dans le cadre du terrorisme, du djihadisme, du salafisme. Oui, ça existe, on ne peut pas le nier. On ne veut pas se contenter de dire que l’islam est une religion de paix et d’amour. On veut l’incarner, montrer qu’une alternative est possible. » 
Si les deux enseignantes multiplient les efforts de communication pour expliquer leur projet, les interrogations et la crainte restent palpables. En tĂ©moignent les interventions du public, prĂ©sent lors de ce dimanche de rĂ©flexion au forum 104. Certains participants, qui rĂ©agissent au discours progressiste en citant le Coran, semblent avoir du mal Ă  se dĂ©tacher de la pratique traditionnelle des rites et de la jurisprudence musulmane. « Mais il ne s’agit pas d’imposer notre vision de l’islam, rassurent Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay. On comprend que certaines personnes ne sont pas d’accord. Rien ne les oblige Ă  nous suivre. »
Mais avant de pouvoir Ă©tablir un lieu de culte pĂ©renne, l’association V.I.E. doit encore rĂ©colter suffisamment de fonds. Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay ambitionnent tout de mĂȘme de trouver un endroit temporaire dĂšs septembre pour les « orphelins de mosquĂ©e » progressiste. Plus que tout, les deux femmes espĂšrent ĂȘtre reconnues par leurs coreligionnaires et devenir une alternative pour les musulmans de France.
Par Audrey FisnĂ©/source  VICE France  

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