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lundi 1 mai 2017

le visage de liberté en Turquie,une parle emprisonnée

Turquie : Asli Erdogan toujours interdite de voyager:Le procès du journal "Özgür Gündem" est reporté au 22 juin. Toutes les requêtes ont été rejetées, dont celle de la romancière turque.

 Par  (AVEC QUENTIN RAVERDY À ISTANBUL)


Son avocat, Erdal Doğan, nous a livré sa réaction au sortir de l'audience qui se tenait ce matin à Istanbul : « Mon argument était de faire comprendre qu'en tant qu'écrivaine elle est un messager pour la paix à l'étranger. Le procureur était d'accord avec nous pour lever l'interdiction, on était plein d'espoir. Mais le juge a rejeté notre demande, estimant que ce n'était pas possible à ce stade du procès. Pourtant, rien n'a changé dans le dossier, pas de nouvelles preuves. Ça n'a pas de sens. C'est une décision arbitraire. On la prive de sa liberté d'aller à l'étranger, de certaines opportunités professionnelles, etc. C'est sûr, ce n'est pas la prison, mais c'est une autre manière de la punir. »

Symbole de la liberté d'expression

L'écrivaine est devenue, malgré elle, un symbole de la liberté d'expression mise à mal par le régime Erdogan. Non pour ses livres, qui sont toujours en vente en Turquie, mais pour ses articles. L'éditeur turc a préféré reporter la publication en turc de son dernier livre Le silence même n'est plus à toi (Actes Sud), qui, justement, rassemble certains de ses écrits pour le journal incriminé, évoquant la situation des Kurdes et dénonçant des réalités de son pays. « J'ai voulu ajouter au dossier le rapport complet de l'ONU sur les crimes contre les civils et destructions dans les régions du Sud-Est, ce qu'elle a dénoncé dans ses articles. C'est un fait, le rapport d'une organisation internationale le prouve, fait valoir l'avocat de l'écrivaine. Mais le juge a refusé ce rapport complet. »
La romancière s'est exprimée au sortir du tribunal, et l'on avait déjà compris, lors de l'entretien qu'elle avait accordé à La Grande Librairie, diffusé jeudi dernier sur France 5, qu'elle ne vivait plus qu'au présent, faute de pouvoir se projeter d'une quelconque façon, à la merci de la justice turque. « Elle est triste, ajoute son avocat. Elle espérait que cette interdiction soit levée, mais on refera une nouvelle demande avant le 22 juin, jour de la prochaine audience. » Objectif : que l'écrivaine aille recevoir son prix littéraire le 9 mai à Amsterdam. « C'est un prix attribué à de grands noms de la dissidence », réagit son éditeur chez Actes Sud Timour Muhidine, qui s'interroge : « La laisser voyager pour recevoir des prix qui manifestent le soutien direct des Européens. Ceux qui ne nous aiment pas, dirait le président turc, dans le contexte actuel, donc pourquoi lui faire ce petit plaisir ? »

Nombreux soutiens

Ils étaient nombreux à comparaître avec la romancière devant la 23e chambre du tribunal d'Istanbul ce mardi à partir de 10 h 30, heure locale : la linguiste Necmiye Alpay, son ex-codétenue en liberté provisoire également depuis le 29 décembre, des journalistes, etc. Le rédacteur en chef d'Özgür Gündem Inan Kizilkaya est arrivé escorté de deux policiers, relate l'écrivain français Tieri Briet, qui a assisté à l'audience, sur le site Free Asli Erdogan. Inan Kizilkaya est en prison depuis juillet 2016, tout comme le gérant du journal Kemal Sancili, qui s'est exprimé en visioconférence depuis la prison. L'avocate Eren Keskin, en liberté, comparaissait également, et sa demande de levée de son contrôle judiciaire, comme les autres requêtes, a été rejetée.
Pétitions, rencontres, débats, publications... Un peu partout, les soutiens continuent de se manifester, notamment en France. Timour Muhidine, l'éditeur français d'Asli Erdogan, envisage de publier le premier roman d'Asli Erdogan, L'Homme écorce, chez Actes Sud et compte aller voir l'écrivaine au mois de mai lorsque s'ouvrira à l'Institut français d'Istanbul une exposition de photos de Philippe Dupuich avec ses textes sur l'underground turc. Entre-temps, il interviendra lors du festival Hors limites le 18 mars, puis fin avril à Arras, au festival Colères du présent. On attend pour le mois de mai une floraison de titres, notamment d'auteurs kurdes de Turquie, chez des éditeurs comme Galaade, ou encore Bleu autour.
Faire circuler les textes et donner la parole aux auteurs et aux intellectuels reste le moyen utilisé pour ceux qui souhaitent agir en faveur d'Asli Erdogan et d'autres victimes du durcissement du régime turc. Comment soutenir la liberté d'expression quand le président Erdogan lui-même dénonce celle qu'on lui retire en Europe ? La question reste posée. Quoi qu'il en soit, la répression se poursuit en Turquie. « Les écrivains sont toujours en ligne de mire pour leurs collaborations au journal Özgür Gündem, dit Timour Muhidine, tel le Kurde de Turquie Murat Uyurkulak (son roman Tol a été publié par Galaade) qui a été condamné à 15 mois de prison il y a quelques jours. La volonté d'éradiquer l'intelligentsia de gauche est claire : on poursuit les gens, les uns après les autres, pour des faits anciens qui n'avaient pas été remarqués jusque-là, et toujours concernant le journalisme, et non pas la littérature. Sans oublier les licenciements à la fac pour ceux qui ont manifesté leur soutien à la paix avec les Kurdes... Ça ne s'arrête pas, c'est un véritable acharnement. »
Dans ce contexte, mobilisation et réactivité restent capitales sur le long terme, poursuit l'éditeur. « J'ai peur que ce procès traîne un bon moment et que cela use tout le monde. L'usure est une menace, on tente d'avoir à l'usure les proches et les comités de soutien pour qu'ils se relâchent, donc plus que jamais il s'agit de ne pas relâcher la vigilance. »
PAR  (AVEC QUENTIN RAVERDY À ISTANBUL)


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