Le film nous plonge dans l'hiver suédois, où un journaliste en disgrâce, Mikael Blomkvist (Daniel Craig), est engagé par un patriarche industriel pour résoudre une disparition vieille de quarante ans. Il va croiser la route de Lisbeth Salander (Rooney Mara), une hackeuse asociale, géniale et profondément traumatisée.
Une esthétique "polaire"
David Fincher ne filme pas seulement une enquête ; il filme le froid. La direction artistique est clinique, tranchante, presque chirurgicale. Chaque plan semble avoir été passé au scalpel. La bande-son de Trent Reznor et Atticus Ross finit de glacer le sang avec ses sonorités industrielles et répétitives qui collent parfaitement à l'obsession des personnages.
Lisbeth Salander : L'icône punk
La force du film repose sur Rooney Mara. Là où Noomi Rapace (dans la version suédoise) était brute et colérique, Mara interprète une Lisbeth plus fragile en apparence, presque spectrale, mais d'une violence intérieure foudroyante. Elle n'est pas une victime, elle est une force de la nature qui refuse de se plier aux règles d'une société patriarcale corrompue.
Analyse : Plus qu'un simple "Whodunnit"
Le film ne se contente pas de chercher un meurtrier. Il dresse un portrait au vitriol de la Suède (et par extension de la société moderne) :
La misogynie systémique : Comme le titre original l'indique, le film traite de la haine envers les femmes, du harcèlement à la violence sexuelle.
Les secrets de famille : Le manoir des Vanger devient une métaphore des cadavres cachés dans le placard de la bourgeoisie.
L'alliance des contraires : Blomkvist représente le vieux monde (le journalisme d'investigation, le papier, les faits) et Salander le nouveau (le hacking, l'ombre, l'instinct).
Comparaison des deux univers
| Élément | Version Fincher (2011) | Version Oplev (2009) |
| Ambiance | Stylisée, sombre, technique parfaite. | Plus réaliste, brute, proche du téléfilm de luxe. |
| Lisbeth | Rooney Mara (étrange et vulnérable). | Noomi Rapace (punk et agressive). |
| Rythme | Très rapide malgré les 2h40 (montage nerveux). | Plus lent, plus fidèle à la structure du livre. |
Note : 8.5/10 ⭐
Millénium version Fincher est une leçon de cinéma technique. C'est un film dense, parfois difficile à regarder (certaines scènes sont d'une brutalité extrême), mais nécessaire. Il transforme un best-seller de gare en une œuvre d'art visuelle fascinante.
Le saviez-vous ? Le générique d'ouverture, sorte de cauchemar liquide sous une reprise de Immigrant Song par Karen O, est considéré comme l'un des meilleurs de l'histoire du cinéma récent.
Pour Aller plus loin... Il y a les livres qu'on vous recommande.
Par Aghilas AZZOUG



