Notre petite revue, gratuite et indĂ©pendante, fait du bruit grĂące Ă  vous ! Soutenez-nous, car mĂȘme les petites Ă©tincelles peuvent allumer de grandes idĂ©es🚀 Soutenir!

Qu’est-ce que le sionisme?

La RĂ©daction

Un 1er mai sioniste socialiste Ă  Tel-Aviv, en 1947

 Les mots «sionisme» et «sioniste» sont dĂ©sormais utilisĂ©s, de maniĂšre systĂ©matique, dans des discours oĂč ils remplacent le mot «Juif». C’est un procĂ©dĂ© assez grossier destinĂ© Ă  faire de l’antisĂ©mitisme sans dĂ©signer explicitement les Juifs, dans l’espoir d’Ă©chapper tant aux rigueurs de la loi qu’aux condamnations morales. Cependant, ce procĂ©dĂ© a une autre signification: en prĂ©sentant le Juif comme un Ă©lĂ©ment d’un systĂšme, on dĂ©veloppe une vision conspirationniste sur le modĂšle des «Protocoles des Sages de Sion».

Dans ce contexte, la brĂšve note ci-dessous a pour objet de prĂ©ciser la signification du mot «sioniste». Il ne s’agit pas de rĂ©sumer l’histoire du mouvement sioniste et de ses relations avec le monde, et encore moins de dĂ©crire en quelques lignes les conflits israĂ©lo-arabe et israĂ©lo-palestinien, mais de rĂ©pondre aux questions posĂ©es par des gens de bonne foi quant Ă  la pertinence du mot «sioniste» pour dĂ©signer des personnes et des organisations.

InventĂ© vers 1890, donc bien aprĂšs l’apparition du sionisme contemporain en tant que courant d’idĂ©es (au milieu du dix-neuviĂšme siĂšcle) et aprĂšs les dĂ©buts de l’Ă©migration sioniste vers la Palestine ottomane (dans les annĂ©es 1880), le mot «sionisme», dĂ©rivĂ© du nom dĂ©signant dans la tradition juive JĂ©rusalem et par extension le pays d’IsraĂ«l, s’applique Ă  une mouvance encore informe ayant en commun l’aspiration juive au retour en terre d’IsraĂ«l. Avec la crĂ©ation de l’Organisation sioniste mondiale (OSM) en 1897, sous l’impulsion de Theodor Herzl, le mot reçoit sa dĂ©finition dans le programme de l’organisation: «Le sionisme aspire Ă  la crĂ©ation, en Palestine, d’un foyer pour le peuple juif garanti par le droit public».


Cette belle simplicitĂ©, cependant, sera de courte durĂ©e. Au cours du demi siĂšcle qui suit, on assiste Ă  une vĂ©ritable explosion dans les usages de ce mot. Des milliers d’organisations juives engendrent autant de dĂ©clinaisons possibles du mot «sioniste». Il y a des sionistes d’extrĂȘme gauche (y compris un mouvement marxiste se dĂ©finissant comme le «parti communiste juif») et des sionistes d’extrĂȘme droite (y compris des admirateurs du fascisme mussolinien dans sa premiĂšre maniĂšre), des sionistes bourgeois et des sionistes prolĂ©tariens, des sionistes religieux et des sionistes athĂ©es, des sionistes culturels et des sionistes politiques, des sionistes ne concevant leur engagement que dans le cadre d’un rassemblement de tous les Juifs en terre d’IsraĂ«l, et des sionistes rĂ©pondant Ă  la dĂ©finition classique du Juif qui reçoit de l’argent d’un autre Juif pour envoyer un troisiĂšme Juif en terre d’IsraĂ«l.


L’OSM reste la maison commune de ces divers sionismes, bien que le «parti communiste juif» s’en soit sĂ©parĂ© pour une pĂ©riode relativement brĂšve, et que la droite nationaliste ait fait scission pour crĂ©er sa propre organisation internationale. Mais l’OSM fonctionne surtout comme un Parlement, oĂč les partis s’affrontent ou coopĂšrent selon les circonstances. Des Ă©lections se tiennent rĂ©guliĂšrement, dans tous les pays oĂč les mouvements sionistes sont prĂ©sents, sur la base d’un titre d’adhĂ©sion individuel correspondant au paiement d’une cotisation symbolique. L’Ă©quilibre des forces entre les divers mouvements, longtemps marquĂ© par une nette prĂ©pondĂ©rance de la gauche sur la droite et des laĂŻques sur les religieux, se reflĂšte dans la composition des instances exĂ©cutives de l’OSM et de son organisation-sƓur, l’Agence juive pour la Palestine.

Theodor Herzl

On retiendra de cette pĂ©riode d’un demi siĂšcle, qui va de la crĂ©ation de l’OSM Ă  la naissance de l’État d’IsraĂ«l en 1948, que le terme de «sioniste» indique l’appartenance Ă  une structure fondĂ©e sur un consensus minimal. Le mouvement sioniste compte certes des sympathisants qui, tels LĂ©on Blum ou Albert Einstein, partagent globalement ses objectifs sans prendre part aux dĂ©bats internes. Mais, pour les sionistes militants Ă  proprement parler, l’horizon de rĂ©fĂ©rence est l’organisation spĂ©cifique Ă  laquelle ils appartiennent. C’est vrai notamment lorsqu’il s’agit de se positionner par rapport aux forces politiques dans le monde, ou de formuler un projet Ă©conomique et social pour le futur État juif, ou de concevoir les relations qu’entretiendra cet État avec ses voisins arabes d’une part, et ses citoyens arabes d’autre part. Autant de sujets qui font l’objet de vives controverses au sein de la grande famille sioniste, avec toute la palette des choix existant dans les sociĂ©tĂ©s dĂ©mocratiques.


Tout au long de cette pĂ©riode, il n’y a donc pas d’«idĂ©ologie sioniste» au sens fort du terme, et pas davantage de ligne politique ni de mode d’action qui soient partagĂ©s par tous les sionistes. Les partis sionistes sont autant de micro-sociĂ©tĂ©s, en Diaspora d’abord et de plus en plus au sein de la Palestine sous Mandat britannique. Ils ont leurs mouvements de jeunesse, leurs journaux et leurs Ă©ditions, leurs centres de formation pour militants, leurs rĂ©seaux d’Ă©coles et leurs clubs sportifs. Ils ont aussi en Palestine, Ă  partir des annĂ©es 1920, leurs organisations syndicales, leurs fermes collectives, leurs caisses d’assurance-maladie, les entreprises qu’ils contrĂŽlent et jusqu’aux quartiers oĂč ils font construire des logements pour leurs adhĂ©rents.


DĂšs les annĂ©es 1930, le centre de gravitĂ© du mouvement sioniste bascule vers la sociĂ©tĂ© juive de Palestine, les organisations sionistes internationales servant de force d’appoint. Avec la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l, le changement est consommĂ©. Les cadres formels de l’OSM et de l’Agence juive continuent d’exister, mais sans aucun pouvoir de dĂ©cision et avec des attributions qui se rĂ©duisent peu Ă  peu au seul travail Ă©ducatif en Diaspora. En IsraĂ«l, le mot «sionisme» entre dans l’histoire culturelle du pays, avec des intonations parfois hĂ©roĂŻques et parfois ironiques. Dans les communautĂ©s diasporiques, les organisations se dĂ©finissant exclusivement comme «sionistes» ont disparu ou presque, puisque ce qui faisait jadis leur singularitĂ© – l’Ă©migration juive vers la Palestine, le projet d’un foyer national juif, le soutien Ă  la crĂ©ation puis Ă  l’existence de l’État d’IsraĂ«l, la centralitĂ© de celui-ci dans la vie juive – est dĂ©sormais indissociable du «minimum commun» en quoi se reconnaissent les membres de toutes les communautĂ©s juives.


VoilĂ  pour la dimension collective. Au plan personnel, que ce soit en IsraĂ«l ou dans les communautĂ©s juives, le terme de «sioniste» n’est presque jamais utilisĂ© de maniĂšre significative comme marqueur d’une option spirituelle, idĂ©ologique ou politique. Des individus juifs se dĂ©finissent certes comme «antisionistes», mais leur activitĂ© est groupusculaire et sans Ă©cho vĂ©ritable dans l’environnement juif. Par ailleurs, des Juifs – en bien plus grand nombre que les prĂ©cĂ©dents – se dĂ©finissent comme «sionistes», mais il est difficile de dire en quoi ils diffĂšrent des autres IsraĂ©liens ou des autres Juifs. Un Juif «sioniste» peut ĂȘtre religieux ou athĂ©e, de gauche ou de droite, partisan de l’annexion de la Cisjordanie par IsraĂ«l ou au contraire favorable Ă  un retrait d’IsraĂ«l de tous les territoires. Plus gĂ©nĂ©ralement, un «sioniste» peut ĂȘtre un citoyen lambda soutenant le droit Ă  l’existence de l’État d’IsraĂ«l, et en ce sens la trĂšs grande majoritĂ© des EuropĂ©ens sont sionistes.

✍đŸœPar MeĂŻr Waintrater /soir et JCALL

 

🔮NOTE

Le lecteur dĂ©sireux de complĂ©ter ses informations sur ce sujet pourra consulter des ouvrages de rĂ©fĂ©rence, en particulier l’Histoire du sionisme de Walter Laqueur (trad. fr. Calmann-LĂ©vy, 1973), Sionismes. Textes fondamentaux, rĂ©unis et prĂ©sentĂ©s par Denis Charbit (Albin Michel, 1998), Une histoire intellectuelle et politique du sionisme, 1860-1940 de Georges Bensoussan (Fayard, 2002) et Le sionisme dans les textes de Dominique Bourel et Delphine BĂ©nichou (CNRS Éditions, 2008), ou bien des prĂ©sentations plus succinctes comme Le sionisme d’Ilan Greilsammer (PUF, «Que sais-je»?, 2005) et Qu’est-ce que le sionisme? de Denis Charbit (Albin Michel, poche, 2007).

Getting Info...

Enregistrer un commentaire

Consentement Cookie
Nous utilisons des cookies đŸȘ sur ce site pour analyser le trafic, mĂ©moriser vos prĂ©fĂ©rences et optimiser votre expĂ©rience.
Oops!
It seems there is something wrong with your internet connection. Please connect to the internet and start browsing again.
AdBlock Detected!
Salut super-hĂ©ros de la navigation ! 🚀 On a dĂ©tectĂ© ton super-pouvoir anti-pubs, mais notre site a besoin de tes super-pouvoirs pour briller. 🌟 Peux-tu le mettre sur la liste blanche de ton plugin ? Ensemble, on sauve l'internet ! đŸŒđŸ’„ Merci, hĂ©ros ! 🙌 #TeamAwesome
Site is Blocked
Oops ! DĂ©solĂ© ! Ce site n'est pas disponible dans votre pays. 🌍😔
-->