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jeudi 28 mai 2020

Djamila Boupacha l'héroïne algerienne qui a inspiré Picasso, Roberto Matta..

L'hommage de Pablo Picasso
Djamila Boupacha est née le 9 février 1938 à Saint-Eugène (Bologhine), fille d’Abdelaziz Boupacha et de Zoubida Amarouche. Elle s’engage très jeune, à 15 ans, en politique en rejoignant l'UDMA de Ferhat Abbas, puis le FLN en 1955. Elle porte pendant la guerre d'Algérie le nom de guerre de Khelida.

Elle fut arrêtée le 10 février 1960 en compagnie de son père, de son frère, sa sœur Nafissa et de son beau-frère Abdellih Ahmed. Elle fut accusée d'avoir déposé une bombe - désamorcée par les démineurs de l'armée - à la Brasserie des Facultés le 27 septembre 1959 à Alger.

Emprisonnée clandestinement (officiellement, elle ne fut pendant un mois incarcérée nulle part), elle fut violée et subit pendant plus d'un mois de nombreux sévices, infligés par des membres de l'armée française :

Son frère réussit à prévenir l'avocate Gisèle Halimi qui décida de prendre son cas en charge en mars 1960. Leur première rencontre se tint à la prison Barberousse le 17 mai 1960. Relatant les tortures auxquelles elle avait été soumise, Djamila Boupacha finit par décrire comment les militaires l'avaient violée.

Un témoin dont on connaît le nom et l'adresse l'a vue à Hussein-Dey évanouie, sanglante, trainée par ses geôliers.

Simone de Beauvoir signa la tribune qui révéla au monde le calvaire de Djamila Boupacha.
À la demande de l'avocate, qui souhaitait utiliser l'affaire pour dénoncer les méthodes de l'armée française en Algérie, Simone de Beauvoir rédigea une tribune dans les colonnes du journal Le Monde en date du 2 juin 1960 intitulée « Pour Djamila Boupacha »; le premier ministre Michel Debré fit saisir le journal en Algérie. L'affaire Djamila Boupacha prit une ampleur médiatique et internationale importante lorsque, dans la foulée de la tribune, un Comité pour Djamila Boupacha fut créé en juin 1960, comité présidé par Simone de Beauvoir, et qui comprenait parmi ses membres Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Elsa Triolet, Gabriel Marcel, Geneviève de Gaulle, Aimé Césaire ou encore Germaine Tillion.

À la suite des pressions du comité de soutien qui s'était constitué pour sa défense et par l'entremise de Simone Veil, alors magistrate, le tribunal d'Alger fut dessaisi du dossier au profit de Caen et Djamila Boupacha fut transférée par avion militaire en France métropolitaine pour y être jugée ; on craignait en effet qu'elle ne soit abattue dans sa cellule pour mieux étouffer l'affaire. Elle fut placée en détention à la prison de Fresnes le 21 juillet 1960, puis à celle de Pau. Pour les faits de torture, Gisèle Halimi poursuivit le ministre de la défense Pierre Mesmer ainsi que le général Charles Ailleret, qui commandait alors l'armée française en Algérie, pour forfaiture.

Djamila Boupacha comparut à Caen fin juin 1961, dans un procès au cours duquel elle identifia ses tortionnaires mais au terme duquel elle fut condamnée à mort, le 28 juin. En 1962 elle fut amnistiée en application des accords d'Évian mettant fin à la guerre d’Algérie et libérée le 21 avril 1962. Réfugiée chez Gisèle Halimi, elle fut d'après Le Monde du 3 mai 1962 séquestrée puis transférée à Alger par la Fédération de France du FLN, qui dénonça « l'opération publicitaire tentée à des fins personnelles » par l'avocate Gisèle Halimi. Le FLN ne pouvait accepter de perdre la main sur l'arme symbolique de premier ordre que constituait la jeune militante.

De fait, Djamila Boupacha devint, par son martyre, un enjeu de mémoire pour les nationalistes algériens, une figure iconique de la lutte, destinée à être érigée en mythe fondateur de la nation algérienne à construire. Élevée à ce statut d'icône, elle ne devait pas cependant en sortir : du point de vue des dirigeants nationalistes algériens, la violence perpétrée et/ou subie par les femmes ne pouvait « être utile que sur le mode l'exceptionnalité ». Comme le souligne Christelle Taraud, si l'État algérien devenu indépendant utilisa dans l'immédiat après-guerre Djamila Boupacha comme un symbole « propre à asseoir la légitimité symbolique et politique du régime de parti unique mis en place par le FLN », elle fut progressivement mise de côté et disparut de la scène publique, à l'instar de nombreuses militantes nationalistes ayant joué un rôle déterminant dans la libération de leur pays.

Condamnée à mort le 28 juin 1961, Djamila Boupacha fut amnistiée dans le cadre des accords d'Évian, et finalement libérée le 21 avril 1962.


Œuvres inspirées de la vie de Djamila Boupacha Modifier

Le peintre Pablo Picasso a créé le portrait de Djamila Boupacha qui illustre la couverture du livre que Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir publient avec d'autres en 1962 sur la militante FLN.

La même année, le peintre Roberto Matta réalise son Supplice de Djamila.
Toujours en 1962, le musicien Luigi Nono (1924-1990) rend hommage à la jeune femme en lui consacrant une pièce vocale de ses Canti di Vita et D'amore ; d'une durée d'environ dix minutes, elle est composée pour soprano solo et intitulée Djamila Boupacha.

En 2000, Francesca Solleville interprète Djamila composée par Bernard Joyet sur le disque Grand frère petit frère.
En 2012, Bernard Joyet reprend la chanson dans son disque Autodidacte.

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