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lundi 17 avril 2017

Présidentielle française : où sont les poils ?

PASSÉ-PRÉSENT. Depuis les pharaons, les attributs du pouvoir ont souvent été pileux. Mais pas sous la Ve République…Alors qu'il s'efforçait de suivre, l'autre soir à la télévision, l'interminable débat opposant l'ensemble des prétendants à ­l'Elysée, l'amateur d'Histoire était saisi de pensées étranges. Au lieu de tenter d'écouter les paroles sortant de leurs lèvres, son esprit s'égarait autour de celles-ci pour dresser un constat tranchant : sur les neuf candidats masculins à l'élection présidentielle, aucun ne porte ni barbe ni moustache. Au regard d'une histoire de long terme, le détail est moins insignifiant qu'il n'en a l'air.
Le menton lisse d'AlexandreLa corrélation entre poil et politique ne remonte-t-elle pas à la plus haute antiquité ? A en croire Pline et Plutarque, Alexandre le Grand est le premier prince de ces temps anciens à porter menton lisse et surtout à imposer le rasage à ses soldats : il craignait que les ennemis ne les attrapassent par la barbe. Avant lui, la plupart des souverains la portaient, en évident symbole de leur autorité patriarcale – pour accentuer le trait, les pharaons d'Egypte l'arboraient en postiche, et même les (rares) pharaonnes se faisaient représenter avec.
Après le Macédonien, on entre dans des temps plus versatiles. Chez les empereurs romains, on est d'abord glabre. Puis, à partir d'Hadrien, parfois barbu, parfois non. On retrouve les mêmes allers et retours dans l'histoire occidentale ; cependant, pour les périodes reculées du haut Moyen Age, il est bien difficile d'établir des certitudes. Tout le monde a appris que Charlemagne était un empereur à la "barbe fleurie". Mythe navrant ! Ses contemporains le dépeignent sans rien sous le menton. L'expression a été forgée au temps de "la Chanson de Roland", quelques siècles après sa mort.


La barbe de François IerFrançois Ier se serait laissé pousser le poil sur les lèvres  pour couvrir une vilaine brûlure accidentelle.  (Portrait réalisé par Jean Clouet. Paris - Musée Du Louvre)
Au moins est-on sûr, grâce aux portraits, que la barbe fait son retour sous les couronnes avec ­François Ier. Selon Brantôme, il se serait laissé pousser le poil sur les lèvres pour couvrir une vilaine brûlure accidentelle. On peut supposer aussi que ce prince de la Renaissance n'était pas mécontent de souscrire à une mode italienne : le poil était réapparu, peu auparavant, sur les visages de la jeunesse à la mode des cités transalpines, désireuse, lit-on parfois, de se "viriliser" pour contrer sa navrante réputation.
Faut-il en conclure que le retour de la barbe signe une époque de "re-masculinisation" ? Ce serait hardi. Le dernier roi de France à en porter une digne de ce nom est Henri IV, qui n'a certes plus à faire sa réputation de "vert galant". Son fils Louis XIII ne porte plus que barbiche et moustache. Son petit-fils Louis XIV est le premier à retrouver une face lisse, qui va de pair avec l'arrivée de la perruque. Le Roi-Soleil en est-il plus féminin ? Et, un bon siècle après lui, ­Napoléon, que l'on a pourtant autant de peine à imaginer velu que Voltaire avec une moustache ?
Bacchantes, favoris, colliersC'est aussi, nous rappelle la remarquable "Histoire du poil", que le petit Corse, tout empereur qu'il devînt, était un authentique produit des Lumières, qui n'aimait guère ce qui rappelait trop le naturel, ou le sauvage. Les romantiques remettent en vogue la pilosité, par haine de ce monde classique, celui des raseurs, des "genoux", comme on disait lors de la bataille ­d'Hernani, c'est-à-dire des glabres."Histoire du poil", sous la direction de Marie-France Auzépy et Joël Cornette. (Belin)
Voilà le poil réimplanté pour un moment. Tous les hommes de la seconde moitié du XIXe siècle en font parade sous toutes les formes, bacchantes, favoris, colliers… Nos présidents, suivant le mouvement, s'y mettent tous, depuis Louis Napoléon Bonaparte, qui, même avant de devenir Napoléon III, porte déjà barbe et moustache "à l'impériale", jusqu'à la smala des chefs d'Etat de la IIIe ­République, tous hirsutes d'une manière ou d'une autre.
Une gauche au poil
La Première Guerre mondiale marque une rupture. Après le cauchemar, le poilu rappelle sans doute de forts mauvais souvenirs. On rase de plus près, mais il faut attendre d'avoir passé la Seconde pour sauter le pas. Auriol, premier président de la IVe, a encore la lèvre supérieure barrée d'une discrète moustache. Coty, le deuxième et dernier, n'a plus un poil. Tous ceux qui lui succèdent à l'Elysée non plus.
Voilà donc plus d'un demi-siècle que ça dure, ce qui commence à poser question. Entre-temps, la pilosité a fait plusieurs grands retours. On a vu, dans les années 1970, la barbe des hippies, on se souvient du collier de l'instituteur laïcard – celui-ci d'ailleurs a fait son apparition chez les politiques, du temps de la gauche de 1981. Mélenchon lui-même le portait. Mais il s'est envolé et tous les poils avec.
Depuis le début de notre décennie, ils ont pourtant réapparu de façon massive, et sous des formes diverses – de la barbe du hipster à celle de trois jours – sur les joues de toutes les jeunes générations. Messieurs Hamon et Macron avaient tenté un pas de ce côté, il y a quelque temps, en laissant paraître sur leurs joues un sombre filet. Ils ont renoncé. Il faut croire que, selon une jurisprudence établie par Nicolas Sarkozy, en France, lorsqu'on commence à penser à la présidentielle, il est important de le faire d'abord en se rasant.
Par François ReynaertDes poils et des dieuxSelon le Lévitique, un homme ne doit couper ni "les coins de sa chevelure" ni ceux de sa barbe ; les juifs orthodoxes l'arborent donc. Chez les chrétiens, son statut a varié mais elle a tendance à rester un marqueur du ­clergé orthodoxe. La plupart des autorités musulmanes estiment que la barbe est une prescription religieuse au nom d'un dit du Prophète : elle fait partie de "la beauté et de la plénitude masculines". Les salafistes l'aiment longue. Les dirigeants chiites, taillée. Les Frères musulmans aussi mais un Erdogan se contente de la moustache, qui était par ailleurs, depuis Nasser, l'emblème des panarabistes.





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